CHAPITRE III
COMMEIVCEMENTS DE LA POESIE LATIIVE.
Travaux de Livius Andronicus. —Œuvres dramatiques de Livius Andronicus. — Odyssée latine. — Description du théâtre de Rome. — Névius. — Versification de Névius. — Œuvres dramatiques de Névius. — Poème sur la première guerre Punique. — Jugement sur Névius.
Travaux de l.lvlua Andronicua.
C’est par la poésie dramatique que cotamença la littérature latine , et c’est un Grec de Tarente qui mérita le premier, à Rome, le nom de poëte. Ce Grec avait été réduit, par la guerre , à l’état d’esclave.” Livius Salinator , son maître , l’affranchit à cause de ses talents , et en fit un Livius , selon l’usage romain. On ne sait ni l’année de la naissance de Livius Andronicus , ni celle de sa mort ; mais on sait à quelle époque il commença à écrire. Cicéron dit que ce fut un an avant qu’Ennius naquit. Aulu-Gelle fait un calcul qui donne à peu près la même date. Il met les débuts dramatiques de Livius Andronicus à plus de cent soi.xante ans de la mort de Sophocle , et à cinquante-deux ans environ de celle de Ménandre. La date est donc antérieure , mais de fort peu , à l’an 240 avant notre ère.
Thespis , pour transformer le dithyrambe et créer la tragédie , avait eu besoin d’une force inventrice dont put aisément se passer Livius Andronicus, quand il dota Rome d’un théâtre. Il ne fallait au Tarentin qu’une instruction suffisante et ime certaine facilité poétique. Les pièces qu’il joua devant les Romains , tragédies ou comédies , n’étaient point écloses de son cerveau. C’étaient des ouvrages empruntés aux poètes de la Grèce , non pas même arrangés ou transformés , mais simplement traduits. Le plus difficile de l’entreprise de Livius Andronicus , ce fut , sans aucun doute , la création d’une troupe ; et Dieu sait ce qu’il dépensa de soins , d’activité et de talent , pour former à son gré ses histrions ,
et pour en faire les émules des artistes qui interprétaient aux Grecs de l’Italie méridionale les chefs-d’œuvre du génie d’Athènes. Il parait que le poète appela d’abord à son aide les jeunes gens de famille qui se divertissaient k jouer la sature. Mais ceux-ci ne purent ou ne voulurent pas se plier aux exigences d’ime scène régulière , et retournèrent bien vite à leurs improvisations et k leurs danses. Livius dut chercher alors ses collaborateurs parmi les affranchis et les esclaves; parmi ceux, bien entendu, qui avaient quelque culture littéraire, et surtout parmi les Grecs d’Italie ou de Grèce, qui abondaient k Rome. On s’explique donc comment le métier d’histrion fut entaché , aux yeux des Romains , du caractère d’œuvre servile , et comment ce métier encourut l'indignité de ceux qui l’exerçaient ; tout histrion fut mis , par la loi , au ban de la cité et de l’armée. Il n’y eut d’exception que pour les acteurs d’atellanes et d’exodes. Ces comédies étaient nées de la sature; et les citoyens, qui avaient longtemps joué des scènes improvisées, ne dédaignaient pas de figurer dans ces drames comiques , qui n’étaient que la sature réduite k un cadre plus régulier.
Quoi qu’il en soit , Livius Andronicus parvint k avoir des histrions assez dignes de lui, et ü fit avec eux, durant de longues années, les délices du peuple de Rome. Il n’y avait guère de grandes fêtes sans qu’il fût invité par les édiles k jouer quelqu’un de ses ouvrages. Tite Live, k qui nous devons presque tout ce qu’on sait de Livius Andronicus , nous apprend que le poète histrion , à force de chanter sur le théâtre , s’était fatigué la voix , et qu’il demanda et obtint la permission de placer, devant le joueur de flûte, un jeune esclave qui chantât pour lui. Libre de tout souci du côté du chant , il joua désormais, selon Tite Live , avec plus de vigueur et d’expression, le cantique; c’est-k-dire probablement qu’il accompagnait de ses gestes et de sa danse les chants du jeune esclave et les accords du musicien. Mais le cantique, ou la partie lyrique de chaque pièce, n’en était et n’en pouvait être que la moindre portion. Dans la comédie latine il n’y avait pas de chœur , et le cantique se bornait à quelques tirades çk et Ik ; et la tragédie latine n’avait guère