‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 199 sur 397 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

proportion des parties est parfaite ; le plan est simple et bien conçu; l’exécution ne laisse rien à désirer. Ce n’est pas là, certes, de la grande histoire ni de la Jiaule éloquence. La vie d’un homme de beaucoup de bon sens et de beaucoup d’esprit ne pouvait comporter qu’un récit orné et agréable. Cornélius l’a racontée avec ce charme, avec cette grâce non affectée qui pouvait seule ne point altérer les traits d’une £ne et aimable physionomie. Atticus est bien là tel que nous nous le figurons; et l’atticisme de Cornélius n’est pas indigne de l’homme qui fut, si j’ose ainsi dire, l’atticisme en personne, et qui devait son nom à son caractère et à son esprit autant qu’à son séjour prolongé dans l’Attique et dans Athènes.

Rome n’a point eu de Plutarque, dit un critique célèbre, qui a pris les Vies des excellents Capitaines pour l’ouvrage même de Cornélius Népos, et qui ne tient compte ni de la Vie de Caton ni de la Vie d’ Atticus. Il est certain que les récits écourtés par Probus ne ressemblent guère à ces tableaux où le vieillard de Chéronée a peint au vif les hommes illustres de la Grèce et de Rome, et qui sont avant tout des portraits achevés de leur âme. Mais la Vie d' Atticus montre ce que Cornélius avait été en état de faire. Nul doute que plus d’une autre ne fût originairement et aussi bien faite, et plus intéressante encore. Cornélius, à mon sens, n’en devait guère à Plutarque; et il a eu sur Plutarque l’avantage d’écrire durant l’âge d’or de sa langue. Ne disons donc pas, avec La Harpe, que Rome n’a point eu de Plutarque. Nous n’en savons rien. Il serait plus juste de dire que Rome a eu un Plutarque, mais que ce Plutarque n’est plus pour nous que l’ombre de lui-même.

Cornélius Népos manque de critique. Il puise quelquefois à des sources suspectes. Thucydide, Xénophon , Êphore, Théopompe, etc., sont ses autorités, pour ce qui concerne les capitaines grecs. Mais Éphore et Théopompe étaient des rhéteurs, encore plus que des historiens. Les témoignages de Xénophon ont souvent besoin de contrôle, et Thucydide Immême a ses faiblesses et ses partialités. Cornélius reçoit, à peu près sans examen, ce que lui fournissent ses auteurs. On ne peut guère mettre sur le compte de Probus les erreurs

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que certains critiques modernes ont relevées dans les Fies. Seulement, il est probable que le travail de Probus n'a pas beaucoup aidé à guérir, ou même à pallier les défectuosités originales. Plutarque, du reste, laisse encore plus à désirer sur ce point que Cornélius Népos; et ce n’est pas comme historien parfaitement exact qu’on serait en droit de proclamer sa supériorité.

Il paraît que le titre. Vies des excellents Capitaines, est de l’invention de Probus.^ L’ouvrage de Cornélius était intitulé Vies des Hommes illustres, et il contenait non-seulement des biographies de généraux, comme l’abrégé, mais les vies d’une foule d’hommes illustres en divers genres, guerriers, hommes d’Élat, philosophes, écrivains, etc. Alticus n’était rien moins qu’un capitaine. Cicéron, dont Cornélius avait aussi écrit la vie, était un assez pauvre guerrier; et ce n’est pas comme imperator qu’il se recommande à la postérité, encore qu’il tînt à cette qualification, plus peut-être qu’à celle d’homme consulaire ou même d’homme de génie.

Cornélius Népos avait composé, outre cet ouvrage, des Livres d' Exemples, et trois livres d’ Annales, intitulés aussi Chronique. Ces écrits sont entièrement perdus. Quant à la personne de l’auteur, on n’en sait autre chose sinon qu’il se nommait Cornélius Népos, qu’il fut l’ami de Cicéron, d’Atticus,de Catulle, et qu’il vivait encore à l’époque de la mort d’Atticus, c’est-à-dire un an avant la bataille d’Actium.

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