‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 200 sur 397 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

TITE LIVE

Vie de Tite Live. — Histoire romaine de Tite Live. — Valeur historique de l’ouvrage de Tite Live. — Tite Live est un Hérodote. — Patavinité de Tite Live. — Beautés littéraires de Tite Live.

Ile de Tite Live.

Tite Live appartient à ce qui est proprement le siècle d’Auguste, c’est-à-dire à la génération qui suivit celle des Cicéron,

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des Cé^ar, des Salluste, des Cornélius Népos. Si nous suivions rigoureusement l’ordre chronologique, il nous faudrait le séparer des historiens fameux qui viennent de nous occuper, et l’ajourner loin de ce chapitre. Mais les noms de César, de Salluste, de Cornélius, appellent trop naturellement celui de Tite Live, pour que nous ayons im seul instant l’idée de remettre à un autre temps notre esquisse de l’illustre auteur des Décades.

Titus Livius naquit à Patavium , ou Padoue , en l’an 59 avant Jésus-Christ, quinze ans avant la mort de César. A l’âge de vingt-quatre ans, il vint à Rome, et il y fit un long séjour. Il fut l’ami des personnages les plus distingués de la cour d’Auguste, et l’ami d’Auguste lui-même. On dit qu’il fut chargé par le prince de diriger l’éducation du jeune Claude. S’il ne transforma pas son élève en un homme d’esprit, il en fit du moins un homme instruit, et qui avait le goût des lettres. Tite Live n’aspirait ni à la fortune, ni aux dignités. Il ne profita de sa faveur que pour se faire ouvrir les trésors des vieilles archives de Rome, et pour se procurer les matériaux nécessaires à la construction du vaste monument historique dont il avait conçu la pensée. Il consacra sa vie en- •tière à en exécuter toutes les parties. Aussi bien n’était-ce pas moins que l’histoire complue et détaillée du peuple romain, depuis la fondation de Rome jusqu’à la guerre de Germanie et à la mort de Drusus. Je ne compte pas comme des travaux les soins qu’il donnait à sa famille, ni même le traité littéraire qu’il écrivit , dit-on , pour l’instruction de son fils. Il publiait successivement un ou plusieurs livres, à mesure qu’il y avait mis la dernière main ; il ne serait même pas impossible que èe fût par dix livres à la fois, ou par décades, que l’ouvrage eût d’abord paru, et que la division de dix en dix livres fût du fait de Tite Live lui-même. Quoi qu’il en soit, Tite Live ne tarda pas à être mis au rang des plus grands écrivains; et il lui fut donné de jouir longtemps de sa gloire. Un fait, raconté par Pline le Jeune, montre combien cette gloire était éclatante, et combien ses rayons frappaient les -yeux au loin. Un habitant de Gadès fit exprès le voyage de Rome pour voir Tite Live, et, l’ayant vu.

TITE LIVE

reprit le cbemm de l’Espagne. Saint Jérôme fait venir à Rome plusieurs nobles Gaulois et Espagnols, uniquement pour contempler Tite Live, et qui, selon ses paroles, entrés dans une si grande ville, y cTiercbaient autre chose que la ville elle-même. Mais ce récit n’est manifestement qu’une amplification de celui de Pline le Jeune. Après la mort d’Auguste, Tite Live quitta Rome et revint h Padoue. R y passa ses quatre dernières années; et c’est là qu’il mourut, en l’an 18 de l’ère chrétienne, à l’Age de soixante-seize ou soixante-dixsept ans. Outre le fils dont nous avons parlé, il laissait une fille, qui avait épousé un rhéteur, nommé Lucius Magius. Ce Magius, suivant Sénèque le père, n’avait pas beaucoup de talent; mais on allait l’entendre à cause de la renommée de son beau-père Tite Live,

Tite Live, tel que nous le montre son oirvrage, était un homme de cœur simple et de noble caractère. Ce qu’on sait de sa personne ne dément pas cette impression . Il ne perdit rien de son ingénuité, même à la cour d’Auguste. Il ne dissimulait pas son amour des vieilles institutions romaines, ni son admiration pour les célèbres vaincus de l’ancien ordre de choses, Pompée, Cicéron, Caton. Auguste avait le bon esprit de ne pas s’en fâcher : sa seule vengeance, c’était de donner à Tite Live le nom de Pompéien.

nistelre romaine de TUe I<Ke.

L’histoire romaine de Tite Live, ou plutôt ses Annales, comme l’auteur l’avait intitulée, ou, si l’on veut, les Décades, comme souvent on la désigne, avait cent quarante-deux livres, c’est-à-dire douze ou quinze fois l’étendue de l’ouvrage d’Hérodote. Nous ne possédons que la première décade entière, la troisième et la quatrième également au complet, et la moitié delà cinquième ; en tout Irente-cinqlivres entiers, sans compter des fragments notables des livres XCI et CXX, des fragments plus ou moins insignifiants de la plupart des autres, et les sommaires des diverses parties de l’ouvrage , rédigés à une époque inconnue par un certain Florus.

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