‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 21 sur 397 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

conservé , de toutes les richesses lyriques de la poésie d’Athènes , que le moins lyrique des éléments , le mètre anapeste ; les chœurs proprement dits y étaient nuis, ou réduits tout au moins à des proportions singulièrement exiguës. L’innovation de Livius fit fortune ; le cantique fut partagé dorénavant entre riiistrion et le chanteur. Quant au dialogue , il demeura , de toute nécessité , le domaine propre des histrions.

ORuvrcM draniatlqaes de l.lvIuH Andronicua.

On connaît les titres de plusieurs des pièces de Livius Andronicus; mais ce qui reste de ces pièces, tragédies ou comédies, est infiniment peu de chose. Les titres ne nous apprennent pas même à quelles sources Livius Andronicus avait puisé, ni s’il avait copié de bons modèles. Il y a bien un Ajax et une Hélène ; mais qui pourrait dire si Livius avait réellement traduit la tragédie de Sophocle et celle d’Euripide? lUen n’empêche de le croire ; mais le vers unique que nous avons de VAjax latin , et le vers unique que nous avons de l’Hélène latine , ne sont pas suffisants pour nous permettre de l’affirmer. Il est probable seulement que Livius Andronicus dut choisir de préférence des sujets intéressants et dramatiques; et les titres d’Éÿwt/ic , d’Hermione, de Térée , prouvent qu’il avait mis en scène quelques-unes des plus saisissantes catastrophes illustrées jadis par la tragédie. Il n’y a guère que deux ou trois des pièces du catalogue qui aient pu être des comédies. C’était certainement une comédie , celle qui était intitulée le Poignard, et dont Festus nous a conservé ce vers ; « Sont-ce des puces ou des punaises , ou des poux? réponds-moi. »

Parmi les vers attribués à Livius Andronicus , il y eu a quatre qui méritent une mention particulière. Le métricien Térentianus Maurus , parlant du vers miure , c’est-à-dire du vers héroïque terminé par un ïambe , cite quatre vers qu’il donne comme extraits de VIno de Livius Andronicus, et dont deux , le premier et le troisième , sont des hexamètres complets, et les deux autres des hexamètres miures. Ces vers sont fort beaux , et si beaux même que Virgile en a

transcrit un en entier. La langue n’a rien d’archaïque ; et , sauf peut-être un grand mot composé, ils ressemblent beaucoup plus aux vers du siècle d’Auguste qu’à ceux même du temps d’Ennius. Malgré l’autorité de Térentianus Maurus, je n’hésiterais point à reconnaître que Livius Andronicus n’a pu les écrire, à supposer même qu’Ennius ne se fût pas vanté d’avoir fait le premier en latin des vers longs. Toutefois on me saura gré, je crois, de lés traduire : « Allons, enferme ton pied dans le cothurne de pourpre ; que la ceinture rappelle sur ta poitrine les plis fugitifs de ta robe ; allons, que le carquois plein de flèches retentisse sur ton dos : dirige sur la piste, jusqu’au gîte de la bête, les chiens au subtil odorat. » On présume que ces vers sont non pas de Livius, mais d’un certain Lévius, poète plus récent, et peut-être contemporain de Térence.

Les fragments authentiques des pièces de Livius Andronicus, sans être dénués de toute valeur poétique, n’ont rien de commun, ni pour le style, ni surtout pour le mètre, avec les vers que je viens ^de traduire. Ils sont tous d’ailleurs d’une extrême brièveté. Cicéron dit que les pièces de Livius Andronicus ne méritaient pas d’être lues plus d’une fois. Je dois dire qu’à juger d’après les fragments mêmes, Livius Andronicus savait pourtant exprimer sa pensée avec vigueur et netteté, quelquefois avec élégance. Il dit, dans V Achille : « Si j’imite les méchants, toi, pour le méfait, tu me donneras un salaire. » Il dit, dans le Cheval de Troie ; « Le bon sens vient tard aux Phrygiens. » Ces fragments sont beaucoup moins illisibles que ne le prétendent certains critiques. Il y a des mots qui ne sont pas restés dans la lange, mais beaucoup moins qu’on ne croirait; et presque partout c’est déjà le latin des auteurs classiques. Quant au mètre des vers, il serait impossible de dire en quoi il consiste. Ce sont des vers saturniens; mais ces vers ne se scandent guère mieux que ceux des prêtres Saliens ou ceux des frères Arvales. Livius passe toutefois pour avoir le premier réduit le vieux mètre des faunes à une forme régulière. Le vers saturnien, d’après Térentianus Maurus, se compose d’une partie ïambique et d’une partie trocbaïque : la partie iambique, trois

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