‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 208 sur 397 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Orateurs. — Rhéteurs. — Grammairiens. — Vitruve.

OrateurM.

La mort de Félocpience politique fut, à Rome, la mort de presque toute éloquence. Il semble que rien n’empêchait les orateurs judiciaires, même sous Auguste, même dans le monde pacifié, de produire des œuvres comme la Müonimm, ou comme le discours pour Archias. Mais ces œuvres ne naquirent point. Le génie perdit sa fécondité en perdant la liberté de la pensée et de la parole. Ceux qui parlaient dans les tribunaux ou dans le sénat purent être admirés par les contemporains comme des prodiges, et même comme des passe- Cicéron : la postérité n’a pas ratifié ces jugements, et il n’y a pas un seul de ces prétendus génies dont elle se souvienne.

Je ne dis rien des Messala, des Pollion, de ces hommes d’im autre âge^ qui conservèrent d’abord quelques-unes des traditions antiques. Leurs successeurs furent indignes d’eux; et eux-mêmes n’étaient guère dignes des Hortensius et des Cicéron. Mais le temps nous a dispensés de lire les discours de ces soi-disant orateurs ; il nous a même fait une autre grâce : U a anéanti, avec leurs écrits, la plupart de leurs noms.

Le genre démonstratif ne périt pas; bien au contraire! mais quels orateurs et quelle éloquence ! L’institution des lectures publiques favorisa outre mesure le développement d’une foule de talents faux et vides; le panégyrique fleurit dans toute' sa gloire, c’est-à-dire en pleine adulation et en plein mensonge. Ces discours d’apparat n’avaient pas besoin d’être des chefs-d’œuvre pour plaire aux intéressés; et, quand l’auteur s’était concilié quelque protecteur puissant, et qu’il avait échangé sa banale monnaie contre des espèces un peu

AUTRES PROSATEURS Dü SIÈCLE D’AUGUSTE. 347

plus solides et sonnantes, son but principal était atteint, sinon tout son dessein rempli, toute son espérance satisfaite. Je ne doute pas que ces déclamateurs ne fussent enchantés qu’on les prît pour de grands orateurs; mais je crois qu’ils savaient aussi se résigner à ne passer que pour des arrangeui s de mots et pour de plats personnages, pourvu que leur estomac et leur escarcelle eussent recueilli mieux que du vent. Au reste, le temps n’a pas été plus débonnaire pour eux que pour leurs rivaux du genre judiciaire. Le peu qui subsiste des panégyriques d’alors ne leur appartient même pas. Ce sont quelques phrases mutilées de trois oraisons funèbres ; et ces oraisons funèbres avaient été écrites l’une par un mari en l’honneur de sa femme, les deux autres par deux ûls en l’honneur de leurs mères.

Rhétenra.

On donnait quelquefois le nom d’orateurs aux rhéteurs eux-mêmes. Eux aussi ils faisaient des discours, en même temps qu'ils enseignaient à en faire. C’étaient des plaidoyers imaginaires, des harangues sur des thèmes donnés, et empruntés la plupart du temps à l’histoire ; c’étaient des exercices du genre de ceux qui avaient fait jadis la renommée de Gorgias, de Protagoras, de tant d’autres. Les disciples déclamaient pour ou contre, suivant l’occasion : ils revêtaient tour à tour les plus divers personnages ; et les ntaitres faisaient ensuite, à leur manière, ce que nous appellerions les corrigés. On devine assez ce que ces corrigés pouvaient être. Senèque le rhéteur, dont nous parlerons plus tard, nous édifiera complètement sur ce point. C’est à de pareils discours que Juvénal fait allusion quand il dit : « Et nous aussi nous avons tendu la main sous la férule; et nous aussi nous avons donné à Sylla le conseil de rentrer dans la vie privée, et de dormir profondément. » Comme les sophistes grecs, les rhéteurs latins étaient hommes à improviser indifféremment une oraison funèbre, une dissertation morale, l’éloge de la fièvre, de la punaise on de l’escarbot. Fronton n’innovait pas, quand il faisait disserter Marc Âurèle, son élève, sur la poussière ou sur la fumée. Il continuait les tradi-

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