‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 22 sur 397 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ïambes suivis d’une syllabe longue, est proprement le vers anacréontique, celui des odes du recueil attribué k Anacréon. Trois trochées ajoutés au vers ïambique dimètre catalectique, voilà le vers saturnien régulier. Mais on n’en trouve guère, dans Livius, qui répondent exactement à cette formule. Si Livius a réellement promulgué la loi, il s’est donné, dans l’application de cette loi, des licences infinies, et qui en étaient la complète abrogation.

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Livius Andronicus avait essayé aussi de faire connaître aux Romains la grande poésie d’Homère, et il avait traduit V Odyssée. Le vers saturnien, tel que Livius le pratiquait, était éminemment propre à rendre le mouvement libre et dégagé de l’hexamètre grec, sinon la grâce et l’éclat poétique d’un style et d’une langue incomparables. Il suffit de rapprocher de l’original le peu que nous possédons des vers de Livius, pour se convaincre que le poète latin avait fait de très-grands efforts pour être fidèle, et pour retracer au vif la physionomie du grand poète. Livius rend même quelquefois avec un rare bonheur certaines expressions grecques, ou certaines épithètes naïves, dont plus tard la langue latine, devenue trop savante et trop dédaigneuse, aurait été en peine de trouver les équivalents. Cicéron parle quelque part de V Odyssée de Livius Andronicus, et il en parle avec un sentiment qui est loin de ressembler au mépris. Il la compare h ces vieilles statues de dieux et de héros, que les Grecs attribuaient à Dédale, et qui, tout en laissant à désirer pour la vérité et la vie, ne manquaient pourtant ni de caractère ni de majesté. J’oserais presque dire, à la simple inspection des débris mutilés de cette Odyssée, qu’elle serait, à tout prendre, si nous la possédions encore, une des plus exactes et même une des plus poétiques traductions de l’intraduisible épopée antique. J’en déplore donc vivement la perte, et bien plus vivement que celle d’une foule d’œuvres originales. Je voudrais qu’au moins ceux qui ont pu la lire eussent eu la bonne idée d’en transcrire quelque long passage, et non pas seulement un mot d’ici, un demi-vers de là, et jamais

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COMMENCEMENTS DE LA POÉSIE lATINE. 35

k la fois plus d'un ou deux vers. Je ne compte pas comme authentiques quelques hexamètres assez bien tournés qui se trouvent parmi les vers de ÏOdyssée de Livius Andronicus. Ce sont probablement les restes d’une autre Odyssée latine, postérieure à la sienne, et l’ouvrage, selon quelques critiques, de son quasi-homonyme Lévius.

DeMriptIOB du ttacAtre de Bonic.

J’ai donné ailleurs la description du théâtre d’Athènes, et en général de tous les théâtres grecs. Il convient de dire quelques mots du théâtre de Rome, tel qu’il était du temps de Plaute, tel qu’il avait été établi sans doute dès le temps de Livius Andronicus, et tel qu’il demeura durant plusieurs siècles. Ce théâtre ne fut construit en pierres que fort tard, et par les libéralités du grand Pompée. Jusque-là on se contenta d’A- simple édifice en charpente. D’ailleurs, il ne paraît pas que Pompée lui-même ait fait autre chose que changer le bois en une matière plus durable. La forme resta ce qu’elle avait été depuis les premières représentations dramatiques. La scène et ses accessoires différaient peu de ce que nous avons signalé dans le théâtre grec : il n’y avait guère que le rideau de plus et la thymèle de moins. Les Romains avaient supprimé le chœur ; la thymèle était donc superflue; le rideau, au contraire, était fort utile, sinon indispensable, pour marquer les entr’actes. On l’abaissait au-dessous du niveau de la scène pendant la représentation, et on le remontait quand les acteurs laissaient la scène vide. L’orchestre conservait son nom d’orchestre , c’est-àdire de place de la danse; mais ce n’était en réalité qu’un parterre. C’est dans ce parterre qu’étaient les places d’honneur, celles où s’asseyaient les membres du sénat. Les magistrats en charge avaient des loges réservées à l’avantscène, au-dessus des entrées latérales de l’orchestre. Les chevaliers occupaient les gradins inférieurs ■ de l’amphithéâtre. Les autres spectateurs s’échelonnaient sur les autres degrés, selon leur rang. Les places étaient numérotées, et chacun prenait celle que lui désignait sa tessère, c’est-àdire le dé ou le jeton numéroté qu’il avait reçu avant la

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