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CHAPITRE XXIV

les plus élégants de leur siècle. Horace se moque quelque pari d’un certain chanteur, ou, comme il dit, d’un petit singe, qui ne savait chanter que les vers de Galvus et de Catulle. Horace a fait plus que lancer en passant un trait de Parthe à son devancier. Il affecte d’ouhlier que Catulle a été un poète lyrique. Il dit fièrement et faussement : « C’est moi qui le premier ai montré au Latium les ïamhes de Paros. » Il dit encore, non moins faussement, qu'il a été « le premier à faire passer les chants éoliens sur les modes d’Italie. » Catulle avait fait l’un et l’autre avant lui, sans compter ceux qui l’avaient fait peut-être avant Catulle. Mais Horace ne pouvait dormir, dès qu’on parlait de la gloire des poètes anciens de Rome, de ceux même qui venaient à peine de descendre auprès de Tullus et d’Ancus. Tibulle et Properce, surtout Ovide, c’est-à-dire presque tous les élégiaques latins, sont plus justes pour celui qui les avait précédés dans l’élégie. Ils reconnaissent le talent de Catulle, mais sans s’expliquer sur les qualités qu’ils admirent en lui. Il y a pourtant une épithète qu’ils donnent au poète, sur laquelle nous devons dire un mot. Ils disent le docte Catulle. Jules Scaliger, qui prétend d’abord ne pas savoir pourquoi, en a donné néanmoins une raison assez plausible. Ce sont, suivant lui, les emprunts faits par Catulle à la littérature grecque, qui lui ont valu cet honorable surnom; ce sont des conquêtes savantes, dans le genre du Chant nuptial, de ÏAtys, du poème sur Thétis et Pélée, ce prélude brillant qui annonçait Virgile et VÉnéide.

Pline le Jeune, louant un poète et énumérant toutes les qualités de ses vers, la. grâce, la douceur, l’amertume, l’amour, dit que ce poète fait les vers comme Catulle ; et le mot meus, dont il accompagne le nom de Catulle, montre assez que Catulle était pour lui un auteur favori. Quintilien, dans sa revue critique, mentionne à peine le nom de Catulle, à propos de Tiambe. Ailleurs, il ne le cite que pour certaines particularités de langage. Il n’y a rien, dans les autres passages anciens relatifs à Catulle, qui mérite d’être noté. C’est toujours ou mon cher Catulle, ou le docte Catulle, ou Catulle le plus élégant des poètes.

LUCRÈCE ET CATULLE

G ente de I<ucrèee.

Lucrèce, à Rome, n’avait pas eu de prédécesseurs. Il était le premier qui eût fait entendre dans les villes romaines, pour parler comme Virgile, un chant ascréen. Il était le premier qui eût fait connaître aux Romains la muse d’Hésiode, de Xénophane, d’Empédocle, de Parménide. Je ne compte pas les traductions de Cicéron. Il est vrai qu’à peu près dans le même temps, Varron de l’Alax avait écrit, dit-on, un poëme sur les marées, intitulé Pontiques. Mais ce poëme fut, pour les Romains, comme s’il n’avait jamais été : on ne le lut pas, ou on ne le lut guère. Varron avait manqué de • génie dans la poésie didactique, comme il en avait manqué dans la satire. Ici encore nous pourrions dire avec Horace :

« Varron de l’Atax avait essayé cela en vain. » Aussi Lucrèce est-il fier de son droit de primauté. A deux reprises différentes, il a chanté lui-même, à ce sujet, un hymne en son honneur : « Je parcours la région des Piérides où nul chemin n’est ouvert, que nul avant moi n’a foulée de son pied; j’aime à aller puiser à des sources vierges; j’aime à cueillir des fleurs nouvelles, et à aller chercher pour ma tête une brillante couronne, là où les Muses n’en ont jamais tressé encore pour parer les tempes d’aucun poêle ‘. » Et c'’était non-seulement chose nouvelle, de forcer la poésie latine à parler noblement sur de graves et savantes matières, c’était aussi une difficile entreprise, dans l’état surtout où se trouvait la langue, mal façonnée à l’expression des subtilités de la pensée. Cicéron n’avait encore écrit que la République et les Lois, et il n’avait pas encore touché’ à la philosophie pure, alors que la dépouille de Lucrèce était déjà rendue au néant, et son âme à celte immortalité qu’il avait si intrépidement et si vainement niée. Le poëte se fait gloire aussi de ses puissants efforts et de son heureuse persévérance : « Je n’ignore pas, dit-il à Memmius, qu’il est difficile d’éclairer en vers latins les obscures découvertes des Grecs ; surtout quand une foule de sujets ne se peuvent traiter que par des mots nouveaux, à cause de la disette de notre langue et de la

I. Livre I, vers 925 et suivants; livre IV, vers I et suivants.

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