CHAPITRE XXIV
insiste pas, car nous savons que les poètes latins aimaient à traiter des sujets de ce genre, et qui n’avaient trait à rien de romain : « Qui ne connaît, dit Virgile, ou le dur Eurysthée, ou les autels de l’affreux Busiris? Qui n’a chanté l’enfant Hylas, et Délos, l’ile de Latone, et Hippodamie, et Pélops fameux par son épaule d’ivoire , Pélops habile à manier les coursiers ’? » Pour prononcer en toute sûreté sur la question, il suffit de remarquer la forme de quelques-uns des vers de l’épithalame. Ces vers, sauf quelques mots latins, et sauf les terminaisons latines des mots d’origine grecque, sont presque de véritables vers grecs. On pourrait les restituer dans leur premier idiome presque sans aucun travail, et avec la certitude de reproduire textuellement, ou à très-peu de chose près, les termes mêmes de l’original. Je signale particulièrement, au lecteur qui serait curieux de vérifier l’assertion par lui-même, les vers 3, 19, 20, 23, 35, 36, 96, 156, 253; et j’en pourrais citer d’autres encore.
Un poème unique en son genre , c’est celui qu’on lit dans les œuvres de Catulle sur l’aventure du bel Atys. Ici, bien plus encore que dans l’épithalame, l’origine grecque est manifeste, même à l’œil le moins exercé. Le culte de la grande déesse existait h Rome, il y était même florissant; mais je doute que Catulle se soit jamais fait initier aux mystères des Corybantes; et, à supposer même qu’il eût été un des adeptes de cette religion bizarre, je ne saurais me figurer un homme de plaisir comme lui possédé de la passion fanatique que respirent ses vers. Cette poésie étrange n’est pas née à Rome. Elle est sortie de ces sanctuaires où les tristes émules de l’enthousiasme d’Atys se dépouillaient à la fois et de leur virilité et de tout sentiment humain. Que dirai-jedu rhythme, qui n’a rien d’analogue dans tout ce que nous possédons de la littérature latine? C’est quelque chose de sautillant, de haletant, de précipité ; ce n’est qu’agitation , égarement et désordre : l’antique dithyrambe lui-même n’avait rien peut-être de plus vif, de plus rapide , de plus saisissant. Mais , si Catulle n’a inventé ni son mètre si son sujet, avec quel talent,