L’ÉPOPÉE DEPUIS ENNIÜS JUSQU’A VIRGILE
précisément ce poème. Il est assez probable que Varron , imitateur d’Homère, ou plutôt d’Ennius , ne valait pas beaucoup mieux que Varron imitateur de Lucilius , ou que Varron dissertant en vers sur les marées. Hosdus chanta la guerre d’Istrie, avec quelque talent, dit-on ; et quelques-uns veulent que Virgile fit cas de cet ouvrage, et qu’il en ait même tiré parti.
Contemporains «I^Cuguote.
Un seul des contemporains d’Auguste et de Virgile semble avoir excellé dans la narration épique. C’est Lucius Varius. Varius avait raconté en beaux vers les conquêtes d’Auguste et d’Agrippa. Il ne reste rien de ces vers, non plus que du poème sur la mort de César, qu’on attribue au même auteur. Horace disait de Varius : « Il mène l’épopée comme personne. » Horace caractérise le poète par l’épithète d'impétueux, et semble dire, par conséquent, que son style était plein de feu et d’énergie. Les anciens noimnent avec quelque distinction Titus Valgius Rufus. Velléius Paterculus place Caïus Rabirius à côté de Virgile. Ce jugement ne faisait peut-être pas beaucoup d’honneur au goût de Velléius; maisRabirius avait donné des preuves de talent, dans son poème sur la bataille d’Actium. Je dois avouer pourtant que certains vers retrouvés dans les papyrus d’Herculanum , et que plusieurs critiques reconnaissent pour des vers du poème de Rabirius, sont d’une grand médiocrité, et qu’ils ne rappellent guère le style ni l’harmonie de VÉnéide. Parlerons-nous de Marcus Furius Bibaculus, de ce poète détestable dont Horace s’est moqué, et qui était l’exagération et l’enflure mômes? Parlerons-nous d’Aulus Furius d’Anlium et de ses Annales ? Parlerons-nous d’Anser, le parasite d’Antoine, le détracteur de Virgile? A ce compte, il nous faudrait ne point passer sous silence Ravins et Mévius, ces deux ennemis de Virgile, qu’un vers de Virgile a couverts d’un immortel ridicule. Cornélius Sévérus était un autre homme. Ses vers sur la mort de Cicéron prouvent qu’il avait du cœur et du talent; mais il n’est point de ceux que Virgile a connus. Bien loin d’avoir rien fourni à Virgile, c’est lui qui a dû en partie à Virgile ce qu’il a été.