‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 232 sur 397 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

date très-exacte : en style romain, c’est le jour des ides d’octobre de l’an 684 de Rome, et sous le consulat de Pompée et de Grassus. La famille de Virgile n’était ni noble ni riche : elle n’était pourtant pas dénuée absolument des ressources nécessaires; et les études du jeune homme furent aussi com- « plètes que s’il eût été fils d’un chevalier ou même d’un sénateur. Il passa d’abord quelques années dans les écoles de Crémone. A dix-sept ans, il se rendit à Milan, où il prit la robe virile. C’est à Naples qu’il se perfectionna dans les lettres grecques et dans la philosophie. Il ne négligea presque aucune des sciences alors connues : il possédait à fond, disent ses biographes , les mathématiques, la médecine, l’art vétérinaire.

Il débuta dans la poésie par quelques pièces assez médiocres, mais qui lui firent déjà une réputation. Il fut dépouillé de son patrimoine, après la bataille de Philippes, quand Octave distribua à ses vétérans les terres de Crémone et de Mantoue. Il vint à Rome faire ses réclamations. Varius le recommanda à Mécène, et Mécène à Auguste. Ses biens lui furent rendus. Depuis ce temps, il passa sa vie tantôt à Andes, tantôt à Rome, tantôt à Naples, presque uniquement appliqué aux choses de l’esprit, et n’aspirant ni à la fortune ni aux honneurs. Les Bucoliques le mirent de prime abord à un rang très-élevé parmi les poètes latins. Les Géorgiques, qu’il écrivit ensuite, l’égalèrent aux plus grands poètes de la Grèce même. Il entreprit bientôt l’Énéide, à la prière d’Auguste. Il y travailla plus de douze ans; mais il ne vécut point assez pour y mettre la dernière main. Quelque temps avant sa mort, il était allé visiter la Grèce, et il avait parcouru les contrées où il fait voyager son héros. C’est dans ce voyage qu’il contracta la maladie qui lui devint fatale. A peine arrivé en Italie, il mourut, à Brindes selon les uns , à Tarente selon d’autres. C’était le 10 des calendes d’octobre de l’an de Rome 736, c’est-à-dire le 21 septembre de l’an 18 avant notre ère. Il était âgé de cinquante-deux ans moins quelques jours.

Virgile était d’une complexion délicate, et sa sobriété était extrême. On vante la pureté de ses mœurs, sa modestie, sa bonté, son désintéressement. On croit que c’est de lui que

VIRGILE

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parle Horace dans les vers où il nous peint un de ses amis^ le meilleur de tous les hommes, mais de tournure vulgaire, gauche dans sa démarche, la chevelure en désordre, mal drapé dans sa toge, négligé dans sa chaussure. Sa conversation n’avait rien de remarquable, et ne -se sentait nullement de la supériorité de son esprit. Il avait, comme notre Corneille, l’élocution pénible et embarrassée, non-seulement sans élégance, mais sans ces éclairs qui illuminent d’ordinaire la parole des hommes de génie. On conte qu’il n’essaya qu’une fois en sa vie de parler devant un tribunal , et que son unique plaidoyer n’eut qu’un fort médiocre succès. Il composait difficilement. Voici, dit-on, comment il s’y prenait. Il dictait le matin un grand nombre de vers, et il employait tout le reste de la journée à les corriger, à les réduire, à en faire quatre ou cinq qui le satisfissent ; imitant , selon l’expression qu’on lui prête, l’ourse qui lèche ses petits naissants et leur donne la forme. On conviendra qu’un tel procédé était plus singulier que commode, surtout que fructueux. Mais Virgile était bien en droit d’avoir ses petites bizarreries.

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La postérité n’avait pas encore commencé pour Vii^ile , que Rome savait déjà qu’elle possédait le plus grand de ses poètes. Properce, à l’annonce de VÈnéide, n’hésitait point k s’écrier : « Cédez, écrivains de Rome ; cédez, écrivains de la Grèce; il naît je ne sais quoi plus grand que V Iliade. » Nous rabattrons ce qu’il y a d’exagéré dans un tel éloge : nous signalons seulement l’admiration d’un contemporain. Ovide disait, non sans raison, que les ouvrages de Virgile comptaient parmi les plus beaux titres de la gloire romaine. Sillius Italiens célébrait comme une fête le jour de la naissance de Virgile, et il allait déposer des couronnes sur le tombeau qu’on voit encore non loin de la grotte du Pausilippe. Les ides d’octobre, selon Martial, étaient consacrées par la naissance de Virgile, comme d’autres jours par la naissance de' quelque dieu. Stace terminait la Thébdide en disant à son épopée : • Ne tente point d’atteindre la divine Énéide; mais

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