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I. Céorgiquts, livre H, Tcrs

VIRGILE

son aise, et toujours avec la certitude da succès. Et cette concentration de la pensée ne nuit pas un instant ni à la rapidité, ni à la souplesse des mouvements : cette poésie si savante est encore la grâce et la facilité mêmes. Tout s’anime sous l’heureuse main de l’enchanteur; tout, jusqu’à la fleur, jusqu’au brin d’herbe; et la vie qui circule dans l’univers semble avoir passé tout entière dans le poëme. La langue rend au gré de Virgile tout ce que ses termes, tout ce que ses sons peuvent donner d’images , d’énergie pittoresque , d’expressive harmonie. Variété infinie des tours, coupes hardies et pourtant naturelles, effets imprévus, tout ce qui peut charmer ét surprendre, tout ce qui saisit l’âme et l’éveille, toutes les satisfactions de l’oreille^ du goût et de l’esprit, il n’y a pas de trésors que Virgile ne -nous prodigue, et avec une intarissable abondance. Cherchez, parmi ces deux mille vers, uu vers, un seul vers où il n’y ait pas quelque chose à admirer; et ce vers, vous ne le trouverez pas. C’est donc la perfection absolue : non ! c’est la perfection de ce qu’a voulu faire le poêle. L’absolu n’est pas de ce monde. Je vais plus loin; j’oserai dire que je regrette quelque chose, parmi tant de beautés, quand je me rappelle et l’aimable laisser aller d’Hésiode, et les éclairs de Lucrèce, et la majesté de Parménide. Mais h quoi bon rêver un autre Virgile? Les Géorgiquts sont le chef-d’œuvre de la poésie didactique. N’est-ce point assez? A d’autres le sublime, et des grâces encore plus naïves. Contentons-nous du beau continu et sans mélange ; et adorons le génie de celui qui fut tout à la fois et un si grand poète et un si grand artiste.

C’est quand on lit les vers de Delille eu regard de ceux, de Virgile, qu’on sent profondément la désespérante perfection des Géorgiques, et les impuissances radicales de notre idiome, et surtout de notre système rhythmique. L’œuvre du poète français est bien remarquable : on peut dire que Delille y a déployé toutes les ressources de son talent et de son esprit, toutes celles, peu s’en faut, de notre versification et de notre langue. C’est la plus belle des traductions. Elle a les charmes d’une production originale. Si l’on oublie un instant qu’il y a eu un Virgile, on n’y voit guère que merveilles.

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