‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 248 sur 397 · CHAPITRE XXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn

fortune , et résister, comme Horace le dit ailleurs, à la vigueur de son bras. Il renonça pour jamais au métier des armes, fit sa paix avec le vainqueur, et revint en Italie. Son père était mort, son patrimoine confisqué. Il trouva pourtant moyen d’acheter une charge de scribe dans les bureaux des questeurs. Le loisir ne lui manquait pas, malgré les obligations de son emploi. Il se mit à composer des vers, et il débuta par quelques satires et par quelques odes. Quoiqu’il ne montrât aucun empressement à se produire, et qu’il ne récitât point ses vers en public comme le faisaient dès lors la plupart des poètes, il fut bientôt connu de tout ce qu’il y avait dans Rome d’hommes de talent et de goût. Virgile et Varius l’accueillirent dans leur intimité, et le présentèrent â Mécène. Mécène, dans la première entrevue, n’apprécia qu’imparfaitement ce caractère aimable, mais un peu timide et retenu; mais, neuf mois après, il fit revenir Horace, et il ne tarda pas â le mettre au nombre de ses amis. Cet événement est peut-être le plus considérable de la vie d’Horace. Le poète avait alors vingt-six ou vingt-sept ans. Deux ans après, il accompagna son protecteur à Brindes, où Octave et Antoine devaient se réconcilier. Le récit de ce voyage est un de ses poèmes les plus connus. Mécène ne tarda pas à lui donner des marques signalées de son affection ; il le présenta à Auguste, el lui fit don d’un charmant domaine de campagne, situé près de Tibur, dans le pays des Sabins. Horace, s’il eût eu de l’ambition, pouvait faire une grande fortune ù la cour d’Auguste. Auguste, charmé de son esprit, voulait faire de lui son secrétaire; mais Horace s’excusa d’accepter ces offres, et préféra son indépendance. Auguste ne lui en sut pas plus mauvais gré. On voit, par les lettres que l’empereur adressait au poète, combien il tenait à l’estime et à l’amitié d’Horace. Ainsi, lui faisant d’aimables reproches sur sa sauvagerie, il va jusqu’à lui dire: « Si tu as cru devoir mépriser mon amitié, sache que je ne te rends pas mépris pour mépris. i Une autre fois, il le prie d’user de tous ses droits sur lui, comme feraient un familier et un commensal. Une autre fois, il se plaint de ne pas voir son nom parmi ceux des correspondants au.vquels Horace adres-

HORACE

sait ses épîtres ; « Sache, lui disait-il, que je suis fâché contre toi, de ce’ que, dans la plupart des ouvrages de ce genre, ce n’est pas avec moi que tu causes, de préférence à tout autre. As-lu peur de te faire tort auprès de la postérité, en laissant paraître que tu es mon ami ? »

Horace passait à la campagne tout le temps dont il pouvait librement disposer : il ne quittait guère Tibur que pour obéir aux fréquentes invitations de Mécène, et pour l’accompagner quelquefois dans ses voyages. Sa vie était partagée entre ses études et les distractions d’un épicurien de bonne compagnie. Il nous donne lui-même, dans la sixième satire du premier livre, la division de sa journée, le détail de ses occupations, et jusqu’au menu de ses repas, qui étaient d’une grande frugalité. Après la mort de Mécène, il se retira dans une complète solitude ; mais il ne tarda pas à rejoindre son bienfaiteur. Il lui avait promis de ne pas lui survivre : il mourut en eflèt au bout d’une vingtaine de jours. C’était le 5 des calendes de décembre de l’an 746 de Rome, autrement dit le 27 novembre de l’an 8 avant notre ère. Il était âgé de cinquante-sept ans deux mois et neuf jours.

L’extérieur d’Horace n’avait rien de bien remarquable, rien surtout qui annonçât le génie. Il était de petite taille, il avait les yeux malades, et il devint fort replet, au moins dans son âge mùr et dans les dernières années de sa vie. C’est de lui-même que nous tenons ces particularités, et presque tout ce que nous savons sur sa personne. Sa mort fut prompte, et presque instantanée. Il eut à peine le temps de dire qu’il nommait Auguste son héritier, et il n’eut ni le temps ni la force de l’écrire. Il fut inhumé à Rome, sur le mont Esquilin, auprès du tombeau de Mécène.

Caractère d'Horace.

Le caractère d’Horace est ce que nous connaissons le mieux : on peut dire , sans exagération, que le poète n’a guère lait presque partout que se peindre lui-même. Ce caractère n’est pas exempt de défauts; il en a même de graves et d’inexcusables : cependant quelques critiques moroses lui en prêtent plus encore qu’il n’en a. Ainsi on voudrait

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