CHAPITRE XX Vil
l’indignation, ni même une véritable colère. C’est comme nu enfant qui ne sait pas bien encore ce que c’est que modestie et pudeur. On le reprend, mais on ne le châtie pas : la réprimande serait plutôt accompagnée d’un sourire. Je préférerais, pour ma part, qu’Horace se fût un peu moins montré à nu ; mais je n’ai pas le courage de m’irriter de ce qu’il a peint au complet on homme qu’il connaissait si bien. Cet homme, c’était lui, mais c’était l’homme aus.sî ; et, à ce titre, l’étude a une valeur morale incontestable, et qui s’accroît, s’il est possible, même des détails les plus fâcheux pour la gloire d’Horace.
Ouvrages d’Horace.
Les ouvrages d’Horace se divisent naturellement en deux portions distinctes, les poésies lyriques et les poésies non lyriques, ou, comme s’exprimaient les scholia.stes anciens, les Chants {Carmina) et les Causeries [Sermones). Les poésies lyriques comprennent quatre livres d’odes, le livre intitulé Epodes, et le Chant séculaire, qu’Horace composa, à la prière d’Auguste, pour les fêtes célébrées en l’an 737 de Rome. Quant aux poésies non lyriques, il y en a quatre livres, savoir, deux livres de Satires et deux livres d’Épttres; ce qu’on nomme ordinairement VArt poétique n’était, dans la pensée d’Horace, qu’une épître, la dernière du deuxième livre.
On a essayé plus d’une fois d’établir l’ordre chronologique de la publication des divers recueils dont le recueil général est formé. Selon les uns, Horace aurait publié le premier livre des Satires à vingt-huit ans ; le deuxième, à trente-trois ; les Èpodes, à trente-cinq ; le premier livre des Odes, à trente-huit ; le deuxième, à quarante et un ; le troisième, à quarante-trois ; le premier livre des Épîtres, à quarante-sept; le dernier livre des Odes et le Chant séculaire, à cinquante et un ; enfin le deuxième livre des Épîtres et VArt poétique, vers la fin de sa vie. D’autres pensent que les deux premiers livres des Odes parurent ensemble, et en l’an 21 avant notre ère ; que le troisième est de l’an 18, et le quatrième de l’an 11, c’est-à-dire antérieur de trois années
HORACE
seulement à la mort d’Horace. La date du Chant séculaire ne souffre pas de contestation. Yanderbonrg prétend que les Épodes ne virent le jour qd’après la mort du poète, et que ce sont, pour la plupart, des pièces composées par Horace dans sa jeunesse, on dans des moments de folle gaieté. Une chose plus certaine, c’est que le premier livres des Satires fut aussi im des premiers essais d’Horace, et qu’Horace n’avait pas trente ans quand il le publia. Le deuxième livre suivit, à quatre ans d’intervalle : c’est encore un fait hors de doute. On sait aussi qu’il y eut réellement treize années entre la publication de ce recueil et celle du premier livre des Épîtres. Mais on ignore l’époque précise où fut composé le second livre, celui que termine l’Art poétique.
Exeellemce littéraire Ucn oaTragea d'Heracc.
Quintilien, comparant Horace satirique à Lucilius, s’exprime comme il suit : « Horace est beaucoup plus élégant et plus pur, et l’emporte par l'art de saisir les traits des caractères. > Le même critique dit un -peu plus loin, à propos des Chants : c De tous les lyriques latins, le même Horace est presque le seul qui mérite d’être lu. Car il s’élève quelquefois, il est plein de charme et de grâce, et il a une audace ângulièrement heureuse dans la variété de ses ligures et dsms ses expressions. » Quintilien, comme on voit, ne dit pas tout sur Horace, bien qu’il ait remarqué en passant qu’Horace est le premier poète romain qui se soit servi de l’épode, c’est-à-dire d’un vers court alternant avec un vers plus long, c’est-à-dire de distiques d’espèce diverse, et dont le distique élégiaque avait été jadis le prototype. On voit aussi que le rhéteur latin fait quelque tort à son goût ou à ses connaissances : Catulle valait bien la peine d’être nommé parmi les lyriques; lui aussi il mérite d’être lu, même après Horace. Je ne sais pas ce qu’était le Césius Bassus dont Quintilien consent à prononcer le nom à la suite du nom d’Horace; mais je ne crois pas être téméraire en affirmant que ce Bassus avait moins droit à un tel honneur que l’heureux émule de Sappho, que le chantre aimable de Manlius et de Julie.