CHAPITRE XXVH
<les Lélîus ; c’était le ton de la vieille comédie grecque ; c’était Ëupolis, Gratinus et Aristophane, flagellant sans pitié leurs ennemis, et s’attaquant indistinctement à des hommes de toute classe. 11 ne s’agissait plus, au temps où Horace écrivait , de s’indigner contre le vice, et de tonner contre les débordements du siècle. Le vice était partout; les meilleurs, et Horace lui -même, en étaient infectés; d’ailleurs, sa douceur naturelle ne lui permettait guère que des objurgations discrètes et mesurées. Horace sentit ce qu’il pouvait. H n’essaya point de nettoyer les étables d’Augias; il ne vit, ou il ne voulut voir, que le côté ridicule des choses; il ne fut que gai et plaisant; il prodigua l’ironie et les saillies agréables. 11 se moqua du vice, ou plutôt de ses travers et de ses laideurs; il lui opposa les charmes de la vertu qu’il aimait, de celle qui est toute dans la prudence et dans le savoir-vivre. Les Satires d’Hoz'ace sont le fidèle et parfait miroir de la société contemporaine. C’est là que se réfléchissent, avec autant d’art que de vérité, la vie et les mœurs des Romains d’alors, et le caractère du poète luimême. En ne s’exceptant pas de la plupart des défauts qu’il reprochait aux autres, Horace a ôté à ses critiques ce qu’elles pouvaient avoir d’irritant ou d’acerbe ; et, malgré les allusions personnelles à celui-ci ou à celui-là, il a songé bien plus à nous montrer des types, qu’à peindre des individus. Il eût pu dire, aussi bien que Labruyère : « Je ne me suis point loué au public pour faire des portraits qui ne fussent que vrais et ressemblants, de peur que quelquefois ils ne fussent pas croyables, et ne parussent feints ou imaginés. » La comédie elle-même, si Rome avait eu une vraie comédie, ne reproduirait pas mieux le mouvement et la physionomie de tout ce qui se remuait dans la ville éternelle. Les Satires d’Horace nous tiennent lieu, en quelque sorte, du théâtre absent. Le nombre des originaux dont Horace a peint ou esquissé les figures est considérable ; et, si l’espace nous le permettait, nous nous donnerions le plaisir d’en passer la piquante revue. Nous n’aurions, du reste, qu’à transcrire quelques-unes des belles pages que M. Patin a consacrées à Horace; mais le lecteur ira bien chercher lui-même ces
HORACE
portraits ou dans l’excellent résumé du critique, ou, ce qui vaut mieux encore, dans les vers charmants du poète. Nous nous bornerons ici à donner un catalogne raisonné des pièces diverses qui composent les deux livres des Satires.
Il y a dix satires dans le premier livre :
La première, adressée à Mécène, est comme la dédicace et l’introduction du recueil. Horace s’y moque de la folie et de l’inconséquence de ceux qui courent après la richesse.
Dans la seconde , il tourne en ridicule ceux qui sont difficiles en amour : la liberté du langage y est quelquefois portée jusqu’au cynisme.
La troisième est dirigée contre le penchant qu’ont la plupart des hommes à mal penser et à mal parler les uns des autres.
La quatrième est la réponse d’Horace aux attaques dont ses premières satires avaient été l’objet.
La cinquième est le journal du voyage de Blindes, qu’Horace avait fait, l’an 37 avant Jésus-Christ, en compagnie de Mécène, de Virgile, de Plotius et de Varius.
La sixième est presque une autobiographie d’Horace. C’est là que le poète nous raconte sa naissance et son éducation, et comment, grâce à son père, il est devenu digne de compter entre les amis des hommes les plus puissants.
La septième a été composée à propos d’un procès comique jugé autrefois par Brutus, gouverneur de l’Asie Mineure.
La huitième est dirigée contre une espèce de sorcière, nommée Canidie, ou à laquelle Horace donne ce nom, et dont il s’est aussi moqué dans les Épodes.
Dans la neuvième, l’auteur raconte les importunités d’un poète bavard et bel esprit.
La dixième est purement critique : Horace y défend le jugement qu’il a porté sur Lucilius dans la quatrième. Nous en avons transcrit ailleurs les principaux passages.
Le deuxième livre ne contient que huit satires :
La première est un dialogue plein de grâce, d’ironie et de gaieté, entre Horace et le jurisconsulte Trébatius. Le poète répond aux critiques qu’on a faites de ses ouvrages.