CHAPITRE XXVII
et dit en passant quelques bonnes vérités à ses antagonistes.
La deuxième est une diatribe contre le luxe et les débauches des Romains. Horace est ici plus vif qu’à l’ordinaire ; mais ce n’est pas lui qui parle, c’est le paysan sabin Ofellus.
Horace, dans la troisième, tourne en ridicule l’austérité affectée d’un philosophe stoïcien.
La quatrième est un dialogue entre Horace et le gastronome Gatius, qui lui débite avec emphase une nouvelle théorie culinaire.
La cinquième est dirigée contre les intrigants qui flattaient les vieillards et les malades , dans l’espoir de succéder à leurs biens en vertu de dispositions testamentaires.
La sixième est un éloge de la campagne et du bonheur de la vie champêtre.
Dans la septième, Horace suppose qu’un de ses esclaves, usant de la liberté des Saturnales, lui reproche l’inconséquence de sa conduite et les défauts de son caractère.
La huitième est la description ironique d’un mauvais repas que Mécène avait fait chez un avare.
Le style des satires est varié comme les sujets mêmes. Le poète touche à tout, parle de tout, et toujours avec le ton que comporte chaque chose. Comme le Ghrémèsde la comédie, il élève quelquefois la voix, et ses accents atteignent à l’éloquence. En général, c’est une causerie vive et franche, pleine de tours et d’expressions pittoresques; c’est je ne sais quoi de net, de court, de rapide; c’est la simplicité, le naturel, la délicatesse mêmes : nulle trace ni d’affectation, ni ^ bel esprit, ni d’emphase. Horace définit lui-même cette poésie une conversation, des vers qui se rapprochent de la prose. Il n’a rien négligé, en effet, pour reproduire tous les mouvements, tous les caprices, le scintillement, pour ainsi dire, d’un entretien familier. L’hexamètre, entre ses mains, s’assouplit, avec une merveilleuse facilité, à des usages pour lesquels l’ïambe seul semblait avoir été fait. La négligence de la versification n'est qu’apparente. En y regardant avec soin, on reconnaît, sous ces formes si peu apprêtées, sous ce laisser aller gracieux, un art non moins consommé que
HORACE
celui qui apparaît manifestement dans les compositions lyriques d’Horace. Le poëte ne fait rien au hasard : ce n’est pas sans dessein qu’il dépouille le rhythme épique de sa majesté habituelle. Ce n’est qu’en le ramenant à sa simplicité primitive, ce n’est qu’en faisant avec un labeur d’artiste ce que les Grecs faisaient naturellement et sans aucun effort, c’est-à-dire en alliant une exquise harmonie avec les coupes les plus libres et les plus variées, qu’Horace pouvait l’amener à tout peindre et à tout exprimer, et, au besoin, à ressembler à la prose sans cesser d’être digne de la poésie. Ajoutons que, dès que le poëte rencontre en chemin quelque grande idée, quelqu'un de ces grands principes devant lesquels expire sa raillerie, aussitôt la phrase s’anime d’un souffle plus puissant : elle prend une ampleur vraiment majestueuse; et. les vers n’ont plus rien à envier, ni pour la facture, ni pour la noblesse, ni pour la gravité, à ce qu’on lit de plus beau dans les Géorgiques, dans VÉnéidemême.
Mjc» Kpttres.
Le style des Epîtres est le même que celui des Satires, mais avec un degré de plus dans l’habileté de l’exposition, dans la mise en œuvre des idées, dans la perfection du bien-dire, dans celle de la versification. Au reste, c’est le même ton, c’est le même laisser aller apparent, c’est la môme image d’une causerie aimable. Toute la différence, c’est qu’Horace. dans les ÉpUi'es, donne des conseils et fait des leçons, tandis qu’il se moquait du vice dans les Satires. Les épîtres du premier livre roulent sur des sujets de morale; Horace traite, dans celles du second livre, des questions de goût et de littérature. Il y a vingt épîtres dans le premier livre, les unes sérieuses, la plupart légères et badines. C’est dans cette espèce de correspondance poétique qu’on aperçoit le mieux tout ce qu’il y avait de bon, de sympathique et de tendre dans le caractère d’Horace, malgré sa malice, malgré son irrésistible penchant à la raillerie.
Le deuxième livre ne contenait originairement que trois épîtres. De ces trois épîtres les éditeurs en ont détaché une, qui figure à part sous le nom A' Art poétique; en sorte que