‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 267 sur 397 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

le peuple tremblait prosterné aux pieds des dieux de la patrie. Chaque année, on célébrait les Palilies en mettant le feu à un tas de foin; et, comme aujourd’hui, chaque lustre s’y ouvrait par la mutilation d’un cheval. Vesta, dans sa pauvreté, se contentait d’ànons couronnés de fleurs; quelques vaches maigres traînaient l'attirail grossier du sacrifice ; le sang des porcs engraissés purifiait d’étroits carrefours, et le pâtre, au son du chalumeau, offrait aux dieux les entrailles d’une brebis. » Le poète continue assez longtemps cette revue du passé ; puis le contraste de ces souvenirs avec les spectacles qu’il a sous les yeux l’amène à la satire. Ainsi, même chez Properce, les vers de mesure inégale servaient aussi à d’autres usages que ceux auxquels les Latins les avaient habituellement consacrés.

vie de Propcrcc.

La vie de Properce est tout entière dans ses amours. Il n’a joué aucun rôle dans son siècle, et il est mort jeune. Il se nommait Sexlus Aurélius Propertius, et était né à Mévania, ville de l’Ombrie, en l’an 52 avant notre ère. Son père, qui était de l’ordre équestre, fut une des victimes de la politique d’Octave. Il avait suivi le parti d’Anioine : après la prise de Pérouse, il fut égorgé, avec une foule d’autres personnages de marque, sur l’autel du divin Jules. Le jeune Properce, à Rome, n’en devint pas moins un des protégés de Mécène et d’Auguste. Mais on a peine à lui pardonner d’avoir tant loué le meurtrier de son père, encore qu’ Auguste fût si difl’érent d’Octave, et que le tigre eût dépouillé tous ses instincts féroces. Properce fut un des ornements de cette cour, où il aperçut encore Virgile, et où il se lia d’une étroite amitié avec Gallus, avec Tibulle, avec Ovide. Il faisait d’assez longs séjours dans sa contrée natale; et c’est à Ilispellum, dans l’Ombrie, qu’on a retrouvé sa pierre tumulaire. C’est là probablement qu’il était mort. Il n’avait, dit-on, que trente-six ou trente- sept ans. quand il fut ravi à ses plaisirs, et tué peut-être par ces plaisirs mêmes.

POÈTES ÉLÉGIAQUES

Tic de Tibiille.

La vie de Tibullo fut plus courte encore. On s’accorde à dire qu’il n’atteignit pas sa trentième année ; et quelquesuns le font mourir à \ingt-quatre ans. La date de sa mort est seule exactement connue : c’est l’an 19 avant notre ère. Il était, comme Properce, d’une famille de l’ordre équestre. Tibulle perdit une grande partie de sa fortune dans la guerre civile, et il vécut paisiblement des débris de son patrimoine, tantôt à Rome, tantôt et plus souvent dans un petit domaine voisin de Pédum. Il s attacha fort jeune à la personne de Messala Corvinus, et il le suivit en Aquitaine et en Asie. G est au retour de cette dernière expédition qu’il mourut, soit en Grèce, soit, comme quelques-uns le veulent, en Italie. Il laissait quatre livres de poésies, soit trente-sept petits poèmes, tous, à 1 exception d’un seul, écrits en vers élégiaques. Le Panégyrique de Messala, qui n’est pas un chefd œuvre, est en hexamètres. Il faut dire que ce fut le début de Tibulle, et l’ouvrage d’un poète de dix-sept ans

^icglca de Tibulle.

« Tibulle, dit La Harpe, a moins de feu que Properce ; iMis il est plus tendre, plus délicat : c’est le poète du sentiment. Il est surtout, comme écrivain, supérieur à tous ses rivaux. Son style est d’une élégance exquise, son goût est pur, sa composition irréprochable. Il a un charme d’expression qu aucune traduction ne peut rendre, et il ne peut être bien senti que par le cœur. Une harmonie délicieuse porte au fond de 1 âme les impressions les plus douces ’. c’est le livre des amants. Il a de plus ce goût pour la campagne, qui s accorde si bien avec l’amour; car la nature est toujours plus belle quand on n’y voit qu’un seul objet....

« Au surplus, il ne serait pas juste d’exiger, dans des poésies amoureuses, cette unité d’objet nécessaire à l’intérêt du roman. Tibulle lui-même, amoureux de si bonne foi, a chanté plus d une maîtresse. Il paraît que Délie eut ses premières inclinations ; et c’est elle qui lui a inspiré ses meilleures pièces. Némésis et Néera la remplacèrent tour à tour;

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