CHAPITRE XXIX
OVIDE
Caractfcros de la poésie d’Ovide. — Vie d’Ovide. — Ovide poète élégiaque.
— L’Ibis. — Poèmes didactiques. — Les Fastes. — Les Métamorphoses.
— Médée. — Autres ouvrages d’Ovide. — Conclusion.
Caractères de la |ioésie d'Ovide.
Ovide a été fort diversement jugé. Si l’on compare ce poëte à Virgile, à Horace ou à Lucrèce, on ne peut guère s’empêcher d’être sévère pour un homme dont le principal mérite est d’avoir eu infiniment d’esprit, et d’en avoir mis partout dans ses œuvres. Mais il y aurait une manifeste injustice à classer Ovide parmi les poètes de la décadence. Il est de son siècle, c’est-à-dire du bon siècle, par la langue, par le choix et la position des termes, par la variété et l’élégance des tours, par le goût exquis, par quelques-unes des qualités les plus distinguées du style. Personne ne l’a jamais emporté sur Ovide ni en verve, ni en abondance, ni en passion même. Il est poëte, même là où la poésie semble n’avoir que faire. On dirait, trop souvent, qu’il n’aspire qu’à déployer les merveilleuses ressources de son talent de versificateur ; mais, dans les sujets les plus factices ou les plus arides, l’inspiration le vient encore trouver, et répand çà et là des trésors de sentiment et de grâce. On ne saurait néanmoins l’excuser do s’être un peu trop complu dans ses défauts, et d’avoir fâcheusement abusé de son génie. Qu’avait-il besoin de se porter pour secrétaire des héros et des héroïnes du vieux monde, et de rédiger leur prétendue correspondance?rien de plus faux que cette poésie épistolographique. Qu’avait-îl besoin de se consumer à rendre le calendrier digne de la Muse? les historiens et les archéologues lui en savent gré : les vrais amis de l’antiquité, les lecteurs qui ont la passion du beau, préféreraient qu’O'/ide eût employé, à créer
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une œuvre digne de lui et des Métamorphoses, le temps qu’il a perdu à versifier les Fastes.
Un reproche qu’Ovide a trop mérité, comme tant d’autres poètes antiques, c’est de ne pas respecter toujours son lecteur, ou du moins de s’adresser de préférence à des lecteurs plus soucieux du bel esprit et des beaux vers que de la pudeur et de l’honnêteté. C’est par là pourtant, c’est par cette liberté de style et cette licence, c’est aussi par ses tours de force poétiques et ses débauches d’esprit, qu’OviJe eut le don de plaire de tout temps aux critiques français, singulièrement dans le dernier siècle. Alors llorissait la poésie ou plutôt la versificaliou didactique et descriptive; c’était le règne du bel esprit : un bon mot illustrait son homme ; et la plus belle action ne balançait pas, dans l’estime des contemporains, ces quolibets misérables et toutes ces spirituelles sottises que nous ne lisons plus sans rougir. L’art, comme la vie, manquait de sérieux. Les coryphées même de la critique faisaient consister presque toute la poésie, dans ce qu’ils nomment le mérite de la difficulté vaincue. Ovide, qui dit tout ce qu’il veut en vers, et qui le dit toujours comme il veut, même quand ce qu’il dit n’en valait pas la peine ; Ovide, qui se joue de toutes les difficultés avec tant de prestesse ; Ovide, ce poêle de taut d’esprit et d’un esprit si agréable, le chantre du plaisir, l’épicurien séduisant, ne pouvait manquer d’admirateurs. Il a encore chez nous ses enthousiastes ; je ne dis pas seulement de justes appréciateurs de son génie, mais des hommes qui le prisent pour tout ce qui fut, selon moi, la mauvaise part de cette riche et heureuse nature. Je ne le félicite que médiocrement de certains éloges dont quelques-uns ont jugé à propos de l’honorer. Qu’est-ce à dire, par exemple, que de remarquer, comme le font quelques-uns, qu’Ovide pense à la maniéré française, et qu’il est, de tous les poètes latins, celui qui peut aller le mieux au goût de notre nation? On sait trop ce qu’il faut entendre par ce qu’on nomme vulgairement la manière française, le goût français. Ce n’est pas le vrai bon goût, la vraie bonne manière. Les critiques accusent le poète, en le louant ainsi : ils constatent, à leur insu, le pire de ses défauts; ils