‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 271 sur 397 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

lui-même s’exprime toujours sur ce sujet, ne permettent pas d’espérer qu’on arrive jamais à une certitude incontestable. L’opinion qui a le plus de vraisemblance est celle qui fait d’Ovide une victime de l’ambition de Livie et de Tibère. Ovide, qui fréquentait familièrement le palais d’Auguste, aurait surpris un secret d’État : il aurait su qu’Auguste à son déclin se repentait d’avoir associé un étranger à l’empire, et songeait à révoqxier les arrêts de proscription portés contre les siens. Le poète aurait parlé ; Livie lui aurait fait porter la peine de son imprudence : le vieil empereur, dominé par une femme astucieuse, l'aurait abandonné aux .vengeances de .son épouse. L’exil d’Ovide se rattacherait aux mêmes événements qui causèrent la mort des deux Julies, d’Agrippa Postumus, de Maxime, ami d’Ovide, et de la femme de Maxime. Ce qui est certain, c’est que, tant qu’Auguste vécut, Ovide ne perdit pas l’espoir d’être rappelé à Rome; mais, une fois Tibère au pouvoir et Livie toute-puissante, il ne demande plus qu’une faveur, il sollicite seulement qu’on lui permette d’habiter sous un climat plus doux et chez un peuple moins barbare. Il n’obtint pas même ce soulagement. Il languit assez longtemps encore, dans la tristesse et le chagrin, et il mourut en l’an 17 après Jésus-Christ, à l’âge de cinquante neuf ou soixante ans.

Ovide, sans être personnellement un modèle de vertu, eut plutôt des faiblesses que des vices. Son caractère était noble, ses sentiments honorables. Il ne connut ni la haine ni l’envie. Il eut des amis. Il était plein de candeur et de sensibilité, et ceux qui en usèrent bien avec lui n’eurent point affaire à un ingrat. Ûn voudrait qu’il eût supporté le malheur avec plus de constance et de résignation ; mais qui pourrait lui faire un crime d’avoir trop vivement regretté, chez les Gètes, sa famille, ses amis et sa patrie ?

O l'Idc poclc élégiaque.

Les Grecs nommaient élégie tout poème écrit en vers élégiaques. A ce compte, Ovide n’aurait guère fait que des élégies. Mais les Latins, comme nous l’avons dit, bornaient le nom d’élégie aux chants de douleur ou de joie, surtout aux

OVIDE

chants d’amour ; et l’usage avait consacré, dans ces poèmes, l'emploi des vers de mesure inégale, ainsi que s’exprime Horace, c’est-à-dire le pentamètre alternant avec l’hexamètre. L’application du mètre élégiaque à d’autres sujets n’était point interdite; mais le poème, dans ce cas, prenait son nom d’après les caractères généraux de la composition , épique, didactique ou autre. 'L'Art d’ aimer est un poème didactique, et non pas une suite d’élégies. Les Fastes, malgré le mètre, n’ont rien de commun , non plus, avec la poésie élégiaque. Les élégies d’Ovide sont les quatre recueils intitulés Amours, Hcroides, Tristes, Éphres politiques.

Les Amours sont l’œuvre de la jeunesse et même de l’adolescence de l'auteur. Il avait d’abord publié le recueil en cinq livres; mais la réflexion lui fit voir que beaucoup d’élégies ne méritaient pas l’honneur d’y figurer, et n’étaient que des bluettes agréables, qui ne pouvaient servir à une vraie réputation, ni parmi des contemporains, ni surtout auprès de la postérité. Il réduisit les livres à trois, en retranchant çà et là tout ce qui lui déplaisait ; et c’est en cet état que les Amours nous sont parvenues.

Ces élégies sont à peu près tout ce qu’elles pouvaient être, en un tel temps et avec un tel poète. Il y a plus de libertinage que de passion, plus d’esprit que de tendresse, encore que la chaleur et le sentiment n’y fassent pas entièrement défaut. Ovide est sensuel et vulgaire il ne soupçonne pas même ces chastes amours, les amours véritables, que d’autres avant lui rêvaient, que Virgile a presque dépeintes, et qui ont pour fin non la brutale satisfaction des sens, mais l’union des âmes, le sacrifice mutuel et le dévouement. Aussi bien Corinne ne pouvait inspirer qu’une ardeur charnelle , même à un poète de vingt ans. Corinne, telle qu’Ovide nous la figure, c’est le vice en personne; Corinne, telle qu’elle fut en réalité', dut être un monstre de dépravation. Tout semble prouver que ce pseudonyme couvre le nom de la première Julie, fameuse par ses débordements autant que par ses malheurs et par les sévérités paternelles. Je ne m’étonne donc pas qu’Ovide, malgré toutes les qualités de son esprit et de son style, n’ait point été maintenu, par les Romains,

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