‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 275 sur 397 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

La variété des sujets empêche qu’on s’arrête à l’uniformité des dénoùments; et le poète, en variant à l’infini les formes de son style, et en tirant de ses trésors des richesses toujours nouvelles, ne permet ni à l’intérêt de languir, ni au lecteur de se fatiguer ou de sentir la moindre nausée. Ovide n’a guère eu qu’un tort un peu sérieux : c’est d’avoir voulu quelquefois trop bien refaire ce qui avait été admirablement fait avant lui par d’autres. On comprendra ce que je veux dire, si l’on prend la peine de comparer, par exemple , l’épisode d’Orphée et d’Eurydice, dans les Métamorphoses, avec le récit de Protée dans les Gcorgiques. Cette joute contre Virgile ressemble presque à une gageure. Malheureusement Ovide n’en sort pas à son honneur, sinon aux yeux de ceux qui se plaisent à une escrime brillante , et qui préfèrent l’esprit au sentiment, les agencements de mots aux accents de la passion, la versification à la poésie.

IHcdéc.

Ovide nous montre , dans les Métamorphoses , que les plus hautes parties et les plus divines du génie poétique ne lui étaient point étrangères. Il l’avait déjii montré aux Romains, dès avant la publication des Métamorphoses, en écrivant sa Médée. Cette pièce était, avec le Tlujestc de Varius, la plus renommée de toutes les tragédies du théâtre latin. C’est le témoignage que rendent à Ovide Quintilien et l’auteur du Dialogue des Orateurs. Ovide lui-même, en plus d’un passage, fait allusion au succès de son œuvre ; «t J’ai manié le sceptre;

la tragédie, grâce à mes soins, a pris un ton plus élevé

J’ai fait parler les rois avec la dignité qui leur convient; j’ai rendu au cothurne toute sa majesté. » Quintilien dit que la Médée d’Ovide faisait voir ce que l’auteur aurait pu faire, s’il avait su régler son génie , au lieu de s’y abandonner. Il ne reste qu’un seul vers de cette composition dramatique. Nous ne pouvons donc pas dire si l’œuvre justifiait les éloges des anciens. Rien ne nous empêche de le croire. Nous ne savons pas si la Médée d’Ovide fut représentée au théâtre. On peut admettre qu’elle y parut, qu’elle y souleva même un applaudissement unanime. J’ai peine à me figurer pourtant que le

OVIDE

peuple de ce temps-lk ait fait un accueil bieu sympathique à ce qui n’était qu’un tableau des passions humaines. Le génie du poëte a triomphé un jour, je le veux, des instincts féroces de la plèbe; mais je m’assure que les spectateurs retournaient dès le lendemain k leurs bateleurs, à leurs ours et à leurs boucheries, et qu’ils laissaient les histrions d’Ovide se morfondre dans la solitude , devant une poignée de chevaliers et de sénateurs. Peut-être Ovide se borna- 1- il, selon l’usage d’alors, k quelques lectures publiques , uniquement soucieux du suffrage des gens de goût et des lettrés : c’était assez pour la réputation de la tragédie ; et la publication en forme par le libraire avait achevé le succès, k Rome et dans l’empire.

Ovide s’était-il donné la peine d’imaginer des combinaisons dramatiques nouvelles, et sa Mcdée était-elle autre chose qu’une imitation de quelque pièce du théâtre grec? Il n’est pas besoin de forcer les conjectures, pour avancer le contraire. Ovide avait imité les Grecs; j’ajoute qu’il a dû prendre Euripide pour modèle , et que sa Médite a dû être une copie de cette belle Mcdée que nous lisons encore. Ce n’est pas que d’antres qu’Euripide n’eussent traité le sujet, même avec talent; mais la Médéc d’Euripide était la seule qui fût un chef-d’œuvre. D’ailleurs, je vois trop d’analogie d’esprit entre le poëte latin et le poêle grec, pour qu’Ovide ne fût pas entraîné, bon gré mal gré, par une sympathie secrète, vers la tragédie d’Euripide. Il y avait Ik du mouvement, du pathétique, de la pompe théâtrale, des discours éloquents, du trait quelquefois, et un certain abus de la parole. Il n’en fallait pas tant pour décider les préférences d’Ovide; et personne plus que lui n’était en état de donner en iJtin l’équivalent de toutes les qualités d’Euripide, de tous ses défauts même.

Antrca ouvrages d'Ovide.

Il y a, dans le recueil des œuvres d’Ovide, quelques pièces qui ne semblent pas authentiques ; ainsi les élégies intitulées le Noyer, Plnlomèle, etc. Plusieurs de ses ouvrages authentiques, indépendamment de ceux qu’il avait détruits lui-

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