‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 276 sur 397 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

même, ne nous sont point parvenus. Quintilien mentionne quelque part un livre d’Ovide contre les mauvais poètes. C’était probablement quelque poëme didactique ou quelque satire générale. Il n’en reste rien, non plus que du poëme sur le triomphe de Tibère. Il reste quelques vers d’un poëme d’Ovide sur la pêche, qui était intitulé Halieutiques. Ovide, à qui les vers ne coûtaient rien, avait écrit en se jouant un très-grand nombre d’épigrammes. En vivant parmi les barbares, il eut bientôt appris leur langue. Quelques-uns de ces Gètes , et notamment le roi Gotys , qui gouvernait Tomes et les environs pour les Romains, se piquaient de poésie, et n’étaient pas insensibles aux choses de l’esprit. Ovide les charma, en pliant sa muse à l’idiome et aux rhythmes en usage dans sa nouvelle et triste patrie. Il avoue lui-même avec quelque honte, à ses amis de Rome, qu’il a composé en vers gétiques un poëme sur la mort et l’apothéose d’Auguste. Les Tomitains, surtout dans les dernières années, n’oublièrent rien pour adoucir ses amertumes et lui rendre l’e.xistence moins insupportable. II fut reconnaissant de leurs attentions et de leurs soins; mais les honneurs et les privilèges dont on le comblait n’effacèrent point Rome de son âme , et lui laissèrent tous ses regrets.

Conelnulon.

Nous transcrirons ici, comme conclusion de tout ce qui précède, le jugement fort sage de La Harpe sur Ovide : « Il faut avouer, avec les critiques les plus éclairés, qu’Ovide, dans tous ses ouvrages, a plus ou moins abusé d’une facilité toujours dangereuse quand on ne s’en méfie pas. Il ne se refuse auQune manière de répéter la même pensée; et, quoique souvent elles soient toutes agréables, l’une nuit souvent à l’autre. On peut lui reprocher aussi les faux brillants, les jeux de mots , les pensées fausses , la profusion des ornements. Ainsi, venant après Virgile , Horace et Tibulle , les modèles de la perfection, il a marqué le premier degré de la décadence chez les Latins, pour n’avoir pas eu un goût assez sévère et une composition assez travaillée. A le considérer du côté moral , quoique ses écrits , comme a dit un de

OVIDE

DOS poètes, alarment un peu l'innocence, il n’a du moins montré dans ses poésies que cette espèce d’amour que l’on peut avouer sans honte ; et c’est un mérite presque unique, dans la corruption des mœurs grecques et romaines.... Il était d’un caractère très-doux; et lui même se rend ce témoignage , dans un endroit de ses Tristes, que la censure n’a jamais attaqué sa personne ni ses écrits : aussi était-il l’ami et le panégyriste de tous les talents. Tous les écrivains célèbres qui furent ses contemporains sont loués dans ses vers, avec autant de candeur que d’affection ; et il en est plusieurs parmi eux dont les ouvrages ont été perdus, et qui ne nous sont connus que par ses éloges. »

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