‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 28 sur 397 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Influence des Grecs sur les premiers prosateurs latins. — Fabius Pictor. — Deux oraisons funèbres. — Cornélius Céthégus. — Le premier Africain. — Le père des Grecques. — Autres orateurs politiques.

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L’influence de la Grèce sur les premiers développements de la prose latine n’est pas clairement manifeste. Cicéron semble dire que les histoires écrites par Fabius Pictor, et même par des auteurs plus récents, ne différaient des anciennes annales ni pour le ton, ni pour le style, ni pour la méthode. De tels historiens ont donc pu très-bien se passer

de connaître Hérodote ou Thucydide. Ce qu’on sait de certain sur les orateurs qui ont vécu après Appius l’Aveugle et avant Caton, ne prouve pas sans réplique qu’ils lussent Eschine et Démosthène. Quant aux jurisconsultes, les traditions nationales leur suffisaient, et les Grecs n’eurent jamais que peu de chose à leur apprendre. Je ne parle pas des philosophes. Il n’y avait pas de philosophes à Rome, en ce temps-là ; et c’est à peine si le siècle suivant essaya de s’initier aux savantes spéculations de la Grèce. Pour trouver des philosophes romains, des philosophes qui aient écrit, il faut descendre jusqu’à Lucrèce et Cicéron.

Je renonce volontiers à établir une filiation directe entre les prosateurs grecs et les premiers prosateurs latins. Mais ce qu’on ne pourrait contester, c’est que les premiers prosateurs latins ont vécu dans des conditions différentes de celles où avaient vécu les contemporains d’Appius ; c’est que leur siècle n’était pas dénué de culture littéraire ; c’est qu’ils ont participé plus ou moins aux fruits de cette culture. N’eussent-ils fait qu’assister aux représentations dramatiques de Livius Andronicus ou de Névius, on pourrait dire encore que la Grèce n’a pas été sur eux sans influence, même à leur insu. Mais ce n’est pas seulement par le théâtre que les Romains se façonnaient à l’amour des choses de l’esprit , qu’ils adoucissaient leur rusticité, qu’ils devenaient plus complètement des hommes. La ville était pleine de Grecs ; les enfants épelaient, avec des maîtres venus de la Grèce, les chefs-d’œuvre du génie grec ; les adolescents , les hommes faits eux-mêmes, ou assistaient aux leçons d’autres maîtres, ou vivaient avec des hommes versés dans les sciences et dans la littérature. L’ancienne éducation ne donnait et ne pouvait donner que des soldats, (les jurisconsultes et des politiques : l’éducation nouvelle donnait de plus des écrivains. C’est en ce sens au moins que les premiers prosateurs latins sont eux-mêmes des fils de la Grèce. Sans la culture grecque , ils auraient pu écrire d’un style tel que le leur, je le crois; mais, sans la culture grecque , ils n’auraient pas même songé à écrire. Je veux dire que l’idée de rédiger par écrit un corps d’histoire, ou même un simple discours, et de s’adresser à la postérité aussi

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