‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 29 sur 397 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bien qu’aux contemporains, l’idée enfin de s’illustrer par l’esprit, ne leur a pu venir que de l’éducation nouvelle. J’en ai pour preuve cinq siècles entiers, ces siècles, où nous n’avons rien pu trouver qu’on puisse nommer ni un livre ni un poème.

rabiiia Pictor.

L’historien Fabius Pictor était contemporain de Névius. Il servit dans la seconde guerre Punique , et il en écrivit l’iiistoire. Polybe ne faisait pas un très-grand cas de son ouvrage. Fabius Pictor manquait d’exactitude et de critique. Son style, que Cicéron compare k celui de Phérécyde, d’Hellanicus, d’Acusilaüs, est d’une simplicité absolument nue, et qui rappelle assez la manière des logographes grecs , sauf pourtant cette vivacité et celte grâce qui ne leur faisaient pas défaut, et que ne connaît point Fabius. J’en juge, au reste, d’après de bien faibles échantillons. Les fragments du livre de Fabius sont très-peu de chose. Le plus remarquable est celui qui concerne les obligations auxquelles était soumis le flamine de Jupiter. Je transcrirai ce passage, pour donner ute idée du ton de l’historien et de son peu u’art. On verra que, si Fabius, comme le prétend Polybe , ne savait pas toujours bien s’enquérir sur les événements , il y a pourtant des choses qu’il avait, ce semble, consciencieusement étudiées. « C’est un crime au flamine de Jupiter de monter k cheval , et aussi de voir une classe équipée hors de l’enceinte des murs, c’estk-dire l’armée en armes. Voilk pourquoi on a rarement nommé consul le flamine- de Jupiter, quand les consuls étaient chargés de commander les années. Il n’est pas permis au flamine de Jupiter de jamais jurer; l’anneau qu’il porte doit être creux et k jour. On ne peut emporter de la flaminie, c’est-k-dire de la maison du flamine de Jupifer, d’autre feu que le feu sacré. Si un homme lié entre dans sa maison, il faut qu’on le délie, qu’on monte par la cour intérieure les liens sur le toit, et qu’on les jette dans la rue. Il n’a aucun nœud sur lui, ni k son bonnet, ni k sa ceinture, ni nulle part ailleurs. Si un homme qu’on va battre de verges tombe k ses pieds en suppliant, on ne peut ce jour-là

le frapper sans sacrilège. Il n'y a qu’un honame libre qui puisse couper les cheveux du flamine. Le flamine, d’après l’usage, ne touche ni ne nomme jamais une chèvre, de la chair crue, du lierre, des fèves; il ne taillera pas les provins de vigne qui montent trop haut; les pieds du lit où il couche doivent être enduits d’une légère couche de boue ; il n’en découche jamais trois nuits de suite, et personne autre que lui n’a le droit d’y coucher. Il ne faut pas qu’il y ait, près du bois de son lit, un coffre avec des gâteaux sacrés. On couvre de terre, au pied d’un arbre fruitier, les rognures des ongles et des cheveux du flamine. Tous les jours pour le flamine c’est fête. Il ne lui est pasipermis d’être en plein air sans bonnet; quant à rester nu-tête sous son toit, c’est tout récemment que les pontifes ont décidé qu’il le pouvait. » Assurément, il n’y a rien de commun entre ceci et les récits d’Hérodote ou les admirables tableaux de Thucydide. Aulu-Gelle, qui nous a conservé ce curieux morceau, ne le cite que de mémoire. S’il l’a altéré çà et là, ces altérations sont probablement fort légères, et n’ont dû atteindre sensiblement ni la physionomie de ce style sans art, ni même le caractère archaïque de cette diction fort naïve.

Fabius Pictor n’est pas le senl Romain ^e son temps qui ait écrit l’histoire, mais il est le seul qui l’ait écrite en latin. Deux de ses contemporains, L. Gincius Alimentus et Caïus Acilius, rédigèrent en grec les livres qu’on cite sous leur nom. Ce fait en dit assez, j’imagine, sur la grécomanie (qu’on me passe ce mot) qui possédait alors les Romains. Il me semble voir nos écrivains d’autrefois sacrifiant à la langue savante l’idiôme vulgaire, et, jusque dans le seizième siècle, de Thou racontant les Valois en termes de Tacite et de Cicéron.

Deux orulaons runèbrea.

L’usage de prononcer l’éloge des morts date, à Rome, de la plus haute antiquité; mais c’est seulement vers la fin du troisième siècle avant notre ère que quelques-uns consignèrent par écrit les discours qu’ils avaient prononcés en l’honneur de leurs proches ou de leurs amis. Ces oraisons

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