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CHAPITRE XXXII. — LES SÉNÈQUE

humain. Sénèque le philosophe ignore Phèdre ; il dit que Rome n’a point eu de fabulistes. Quintilien, dans sa revue «ritique, ne prononce pas le nom de Phèdre : preuve incontestable que Phèdre ne comptait pas parmi les auteurs célèbres, et qu’il ne balançait pas même, dans l’estime générale, les Macer et les Cornélius Sévérus. Rien de plus injuste, j’en conviens ; mais je constate seulement que Phèdre n’a pas joué un rôle bien important dans l’hisloire de la pensée. Ce n'est pas lui qui donna le ton à la littérature de son siècle. Un autre eut cet honneur périlleux, ce fut Sénèque. Mais, comme le remarque M. Nisard, on devrait plutôt dire la famille des Sénèque ; car toute cette famille, selon l’expression du célèbre critique, s’employa bravement à cette révolution où le goût périt. Les Sénèque, c’est-à-dire Sénèque le rhéteur et ses tils, avec Lucain, son petit-fils, et peut-être avec Florus, sont, peu s’en faut, toute la littérature, depuis la fin du siècle d’Auguste jusqu’au temps des Fia viens.

Sénèque le père (Mareus Annæus Seneca) était né à Gord.uba, ouGordoue, en Espagne. Il vint à Rome sous Auguste, et il y passa de longues années. Il exerça avec un succès extraordinaire la profession de rhéteur, et il amassa une grande fortune. Il retourna dans sa ville natale, et il s’y maria avec Helvia, dont il eut trois fils. Sénèque le rhéteur était un homme de beaucoup d’érudition et de beaucoup d’esprit. Sa mémoire surtout était prodigieuse. Il nous dit ,Jui-même qu’il était capable de répéter jusqu’à deux mille mots, dans le même ordre où il venait de les entendre prononcer. Il nous a conservé des discours entiers, qu’il avait ainsi recueillis à l’audition, puis transcrits littéralement pour l’usage des autres. Le goût, dans cet Espagnol, se sentait un peu du terroir de Gordoue, de cette ville où les poètes, comme dit Gicéron, avaient l'accent un peu épais et provincial. En tout cas, ce goût était peu exclusif. En effet, Sénèque le rhéteur est fort prodigue de ce titre d’orateur, que si peu d’hommes ont mérité : il compte des orateurs en foule, dans un siècle où la postérité n’en aperçoit guère. Kous devons dire pourtant que ce rhéteur écrit assez pure-

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