CHAPITRE XXXII
plutôt qu’une dissertation en forme ; pourtant l’esprit philosophique n’y manque pas : c'est peut-être celui de tous ses écrits où Sénèque est resté le plus fidèle aux principes du stoïcisme. Il est même probable que l’auteur n’a fait autre chose qu’arranger à sa façon quelque traité plus didactique, comme en avaient tant laissé les disciples de Zénon.
La Consolation à Helvia est une sorte de lettre, que Sénèque adressa à sa mère du lieu de son exil. Il lui expose tous les motifs qu’elle a de ne point désespérer, et de supporter avec résignation le malheur dont elle est frappée dans la personne de son fils. Le sujet était trop palpitant pour que Sénèque ne fût pas de temps en temps un peu plus qu’un artiste en fait de style. On sent çà et lù l’homme et le fils : il y a de ces choses qui ne viennent que du cœur. Mais c’est beaucoup dire, comme font quelques-uns, que de nommer ce petit livre le vade-mecum de fous les malheureux. Il est plus vrai de remarquer qu’on ne le lit pas sans estime et même sans admiration pour l’auteur,
La Consolation à Polybe inspire des sentiments d’un tout autre genre. Cet écrit fut une lâcheté, et une lâcheté inulile. Polybe était un des affranchis qui régnaient sous le nom de Claude. Sénèque exilé saisit l’occasion de la mort du frère de Polybe, pour adresser à l’homme puissant cette lettre ou ce discours, qui n’est, au fond, qu’une humble ou plutôt une honteuse supplique. Polybe ne sut gré que médiocrement d’éloges qu’il avait conscience sans doute de ne pas mériter; et il laissa son panégyriste se morfondre loin de Rome.
La Consolation à Marcia, adressée à une mère qui avait perdu son fils, ne vaut pas beaucoup moins que la Consola lion à Helvîa, et compte avec raison parmi les meilleures productions de Sénèque.
Le livre intitulé de la Providence, dédié à Lucilius, procurateur de Sicile, n’est pas un chef-d’œuvre. Nous avons dit un mot des contradictions de Sénèque sur le sujet traité dans cet écrit, ou plutôt de ses hésitations entre des doctrines manifestement incompatibles.
LES SÉNÈQUE. 481
Les opuscules de la Tranquillilé de VAme et de la Constance du Sage répondent assez bien à leurs titres. Sauf une certaine âpreté dans les maximes, je ne vois pas ce qu’un esprit même difficile y trouverait à reprendre.
Le plus simplement écrit des ouvrages de Sénèque, et, sans contredit, l’un des plus beaux, ce sont les trois livres de la Clémence, adressés à Néron. Sénèque propose l’exemple d’Auguste comme un modèle que l’empereur doit avoir sans cesse sous les yeux, et comme l’idéal de la conduite d’un bon prince.
Les traités de la Brièveté de la Vie , de la Vie heureuse, du Repos du Sage, sont des opuscules d’une médiocre importance.
Le traité des Bienfaits n’a pas moins de sept livres. C’est une des productions de la vieillesse de Sénèque. L’auteur y examine au long, sinon toujours avec une justesse d’esprit parfaite, quelle est la manière de fairs le bien , et quels sont les devoirs du bienfaiteur enveio l’obligé et de l’obligé envers le bienfaiteur.
Les sept livres des Questions naturelles , dédiés à Lucilius, sont un répertoire assez complet, et encore intéressant pour nous, des connaissances de l’antiquité dans l’ordre des sciences physiques. L’auteur traite du feu, des éclairs, du tonnerre, de l’eau, de la grêle, de la neige, de la glace, du vent, des tremblements de terre, des comètes. Il mêie agréablement les sentences morales aux discussions scientifiques ; et, si l’ouvrage abonde en erreurs, soit du fait de Sénèque, soit du fait de son temps, la lecture en est toujours attrayante, et Sénèque n’a point failli à son dessein d’instruire et de plaire.
Outre les traités dont nous venons de parler, Sénèque en avait écrit une foule d’autres, qui n’existent plus, ou dont nous n’avons que de courts fragments. Ainsi , par exemple, du Mouvement de la Terre, de la Superstition, de la Mort prématurée, etc. Ses discours ont péri en entier; et, de toutes les lettres qu’on avait de lui, il ne nous reste que la collection de celles qu’il avait adressées à Lucilius, ce même Lucilius, procurateur de Sicile, à qui il avait dédié le livre de la Providence et les Questions naturelles.