‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 297 sur 397 · telles à i.HCi-'/wî, IcUre xi.vn · texte numérisé non relu

telles à i.HCi-'/wî, IcUre xi.vn

Digilized by Goc^Ie

LES SÉNÈQUE

pas pu se mettre dans la tête que le même homme eût écrit les Lettres à Lucilius ou les Questions naturelles, et des poé- " sies dramatiques. Supposons un instant que Sénèque le tragique ne soit pas Sénèque le philosophe. Quel autre Sénèque sera l’auteur des tragédies? Sera-ce Sén^ue le père? mais Marcus Sénèque, de son propre aveu, et au témoignage de tous les anciens, n’a jamais été qu’un maître de rhétorique, c’est-à-dire l’antipode d’un poète ; et il n’a pas même prétendu au titre de versificateur. Sera-ce un des frères de Sénèque le philosophe? mais on ne sait pas même d’une façon sûre si Mêla, le père de Lucain, est identique à Pomponius Mêla : comment donc affirmer non pas seulement qu’il était en état de composer des tragédies, mais qu’il a composé des tragédies? L’affirmation serait encore plus gratuite pour Gallion, l’autre frère, bien que Gallion soit cité comme ayant écrit. Faut-il franchir une génération, et descendre à Lucain, un poète, celui-là, et plus que pas un ne le fut de son temps ? mais les anciens nous édifient 'suffisamment au sujet des ouvrages que Lucain avait laissés, pour nous autoriser à déclarer que Lucain n’a pas fait ces tragédies? Mettra-t-on Florus en eause? mais qui prouve seulement que Florus ait été un Sénèque? et, à supposer qu’il ait été un Sénèque, qui prouve qu’il ait jamais composé autre chose qu’un abrégé d’histoire? Faut-il donc inventer un autre Sénèque? car ce sont là tous les membres de la famille Annéa dont nous connaissions les noms. A quoi bon? n’avons-nous pas Lucius Annéus Sénèque, qui, selon Tacite, faisait beaucoup de vers, surtout depuis que Néron s’était engoué de poésie ; qui, selon Quinlilien, avait composé des poèmes; qui nonseulement en avait composé , mais qui nous en a laissé, car on ne conteste pas l’authenticité des vers de VApocolokintose? Ainsi nous arrivons, par voie d’élimination, à Sénèque le philosophe.

Nous y arrivons bien plus sûrement encore, par la comparaison des tragédies elles-mêmes avec les ouvrages du prosateur. On trouve, dans les vers, les mêmes idées, les mêmes sentiments que dans la prose, et souvent dans les mêmes termes. C’est le même style, le même esprit, le même

Page 1