‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 300 sur 397 · I.C père de l.uealn · texte numérisé non relu

I.C père de l.uealn

Le père de Lucain se nommait Marcus Annéus Mêla, et était le plus jeune des fils de Sénèque le rhéteur. Ou admet généralement que ce Mêla, chevalier romain, ne fait qu’un avec le géographe Pomponius Mêla ; quelques-uns cependant croient que Pompouius Mêla était petit-fils, et non pas fils, du premier Sénèque. La seule chose incontestable, c’est que Pomponius Mêla était né en Espagne : il se donne lui-même pour un Espagnol. Quoi qu’il en soit de sa parenté avec les Sénèque, Pomponius Mêla est un géographe bien informé et un écrivain de talent. Son style se sent quelquefois de son siècle et de son pays, et, si l’on veut, de sa famille ; mais ce style est précis et vigoureux, sinon toujours simple et naturel; si les mots ne sont pas toujours en proportion exacte avec la pensée, on n’est jamais en droit de dire qu’ils en usurpent complètement la place. Les descriptions de Pomponius Mêla sont courtes et rapides, mais intéressantes £ il puise ses renseignements à de bonnes sources, et il s’en sert avec intelligence et critique. Sans avoir parcouru luimême tous les pays qu’il décrit, il sait du moins les figurer aux yeux du lecteur, sous les traits les plus frappants et les plus vraisemblables. Il fait souvent des observations pleines de sens, sur les mœurs des différents peuples. Mais son ouvrage n’a que trois livres, et n’est, par conséquent, qu’un abrégé. Le plan en est assez ingénieux. L’auteur commence par la description de la Mauritanie, c’est-à-dire de l’Afrique occidentale ; puis il suit les côtes de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe, et il revient à son point de départ. Il y a des omissions, et l’ordre de succession n’est pas toujours observé

LUCAIN

avec une rigueur suffisante ; mais ces légers défauts n’ôtent que peu de chose au mérite vraiment solide de Pomponius Mêla.

vie de Lacaln.

Marcus Annéus Lucanus naquit à Gordoue, en l’an 39 de notre ère. Dès l’âge de huit ans, il fui amené à Rome par son père, et mis sous la direction de son oncle , qui était déjà précepteur de Néron. Il entendit les maîtres les plus fameux du temps, entre autres Palémon et Gornutus. Il déclama avec succès dans l’une et l’autre langue, comme on disait alors, et il se fit de très-bonne heure une réputation au barreau. Néron le traitait en ami : il le nomma questeur, il lui conféra même la dignité d’augure; mais cette amitié ne dura pas. Néron , qui se piquait de poésie , fut choqué des applaudissements qui accueillaient les vers de Lucain ; il réduisit au silence un rival trop redoutable. Lucain ne sut pas se résigner. Le dépit de l’orgueil blessé, l’ambition peut être, le jetèrent dans la conspiration de Pison. Lucain, selon Tacite, en voulait à Néron d’avoir étouffé la renommée de ses vers, en lui interdisant de les publier. La conjuration fut découverte. Lucain et les autres conjurés furent menacés de la torture, et sommés de déclarer leurs complices. Ils résistèrent longtemps ; mais ils finirent par céder lâchement à une promesse d’impunité. On voudrait ignorer que Lucain dénonça Âcüia, sa mère. Mais comment déchirer la page, trop véridique, hélas! où Tacite a immortalisé l’infamie du poète? Lucain s’était inutilement déshonoré. Il lui fallut mourir. Il retrouva son courage, et il se fit ouvrir les veines. « Tandis que son sang coulait, dit Tacite, que le froid glaçait ses pieds et ses mains , et que la vie se retirait des extrémités, il gardait encore la chaleur du cœur et de l’imagination ; et, s’étant souvenu de quelques , vers où il avait peint un soldat blessé, mourant de la perte de son sang, il se mit à les réciter : ce furent ses dernières paroles'. » Il n’avait que vingt-£ept ans. Il laissait une veuve,

J 4. Tacite, AnuaUs^ livre XV, cbapilre ux.

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