‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 301 sur 397 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Polla Argentaria, dont Stace célèbre le savoir et les vertus. Il avait déjà composé un assez grand nombre de poèmes en divers genres, un entre autres dans la langue et dans le mètre d’Homère. On connaît à peine le titre de la plupart de ces ouvrages ; mais nous possédons la Pharsale telle qu’elle est sortie de ses mains, ou plutôt telle que ses mains l’ont abandonnée.

a.* pharMalc.

La Pharsale, en effet, n’a pas été terminée. Le dixième et dernier chant finit au milieu d’un récit ; et il est douteux que Lucain se fût arrêté même là où il avait marqué, dans son dessein, la lin du dixième chant. Il est évident aussi que les tableaux du poète, dans bien des parties, ne sont que des ébauches, et que, si le temps l’avait permis, il se réservait d’y mettre la dernière main. Il n’eût point sans doute effacé tous les défauts qui déparent son poème : il y en eût peut-être ajouté d’autres; mais je devais remarquer, pour être juste, qu’il n’a pas tenu à lui que la Pharsale fût, sinon une épopée parfaite, du moins un écrit moins défectueux. La Pharsale, telle qu'elle est, fait encore grand honneur à Lucain, et elle compte avec raison parmi les plus beaux monuments de la poésie. « Lucain, dit Voltaire, génie original, a ouvert une route nouvelle. Il n’a rien imité; il ne doit à personne ni ses beautés ni ses défauts, et mérite par cela seul une attention particulière. La pro.ximicé des temps, la notoriété publique de la guerre civile, le siècle éclairé, politique et peu superstitieux où vivaient César et Lucain, la solidité de son sujet, ôtaient à son génie toute liberté d’invention fabuleuse. La grandeur véritable des héros réels, qu’il fallait peindre d’après nature, était une nouvelle difficulté. Les Romains, au temps de César, étaient des personnages bien autrement importants que Sarpédon , Diomède, Mézence et Turnus. La guerre de Troie était un jeu d’enfants en comparaison des guei res civiles de Rome, où les plus grands capitaines et les plus puissants hommes qui aient jamais été, se disputaient l’empire de la moitié du monde connu. Lucain u’a osé s’écarter de l’histoire ; par là

LÜCAIN.

il a rendu son poëme sec et aride. Tl a voulu suppléer au défaut d’invention par la grandeur des sentiments; mais il a caché trop souvent sa sécheresse sous de l’enflure. Ainsi il est arrivé qu’Achille et Énée, qui étaient peu importants par eux-mêmes, sont devenus grands dans Homère et Virgile, et que César et Pompée sont petits quelquefois dans Lucain. »

Le principal défaut de la Pliarsale, c’est le manque d’unité. Quel est le véritable héros de Lucain? il serait assez difficile de le dire. Dans l’intention de l’auteur, c’est probablement Pompée ; en fait , c’est bien souvent César. Le sujet même n’est pas très-nettement marqué. Lucain a-t-il voulu simplement raconter en vers la guerre civile qui suivit la mort de Crassus? A-t-il voulu réhabiliter le parti de Caton ? A-t-il voulu faire une déclamation contre les caprices de Infortuné, qui se joue des réputations et des empires? ou une suite d’imprécations poétiques contre l’ambition et la folie des hommes? Il a voulu tout cela, et bien d’autres choses encore ; ou plutôt il n’a rien voulu : il a aperçu vaguement, dans le lointain, de grandes figures, des scènes émouvantes et dramatiques, des événements considérables, en un mol , une ample et magnifique matière à poésie ; et il s’est dit à lui-même qu’il raconterait ces événements, qu’il décrirait ces scènes, qu’il ranimerait ces figures. Il a voulu être poète, et il l’a été. Je dis poète, et non pas seulement versificateur. Il y a, dans la Pharsnle, autre cho.se encore que ce que nous avons trouvé dans les tragédies de Sénèque : il y a le souffle de la vie, une véritable chaleur, une véritable inspiration. ^

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Quintilien caractérise comme il suit l'auteur de la Pharsale: « Lucain est ardent, animé, plein de pensées brillantes; et, pour dire mon avis, il mérite d’être compté parmi les orateurs, plus que parmi les poêles. » Ce jugement est singulier, au moins dans la forme : qu’y a-t-il de commun entre Lucain et Cicéron? Mais, au'sens où l’entendait Quintilien, il n’y faut voir qu’un éloge pour la manière dont lo poète a su faire parler ses personnages. Les discours de Lu-

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