CHAPITRE XXXIV
sentences qui font saillie en dehors du corps de l’ouvrage : qu’elles se fondent dans la trame du poème, et qu’elles brillent de son coloris. ’\'oyez Homère, et les Lyriques, et notre Virgile, et Horace si heureux et si savant dans ses hardiesses. Tous les autres, en effet, ou n’ont pas aperçu la route qui mène h la poésie, ou ils ont craint de la fouler de leurs vers. Et tenez ! quiconque, sans un grand fond d’études, touchera cet immense sujet de la Guerre civile, trébuchera sous le fardeau. Car il ne s’agit point de rédiger en vers une série de faits : les historiens s’en acquittent bien mieux ; mais il faut qu’à travers mille détours, qu’à travers des interventions divines, qu’à travers le merveilleux des machines et des conceptions,, se précipite librement l’essor de l’enthousiasme, et qu’on reconnaisse, dans le poème, plutôt le délire d’un esprit prophétique, que la scrupuleuse véracité du narrateur appuyé sur ses garants. Telle serait, si vous l’approuvez, cette rapide esquisse, bien qu’elle n’ait pas encore reçu la dernière main*. »
Il reste près de trois cents vers du poème de la Guerre civile. Nous ne savons pas si Pétrone avait complété son œuvre. Ce que nous possédons n’est qu’un commencement, et ne conduitles faits que jusqu’au départ de Pompée pour la Thessalie. Les vers de Pétrone sont corrects et élégants, mais un peu faibles : ce n’est pas avec cette poésie honnêtement médiocre qu’on pouvait faire oublier Lucain. Il y a pourtant, surtout au début, quelques traits qui ne sont pas sans beauté. Pétrone caractérise assez heureusement, sinon très -énergiquement, la corruption des Romains durant les derniers temps de la république. Je traduirai quelques vers, pour donner une idée du ton général de l’ouvrage :
« Déjà les Romains vainqueurs possédaient tout Tunivers, partout où s’étendent et la mer et les terres , tout ce qu’éclaire le soleil, de son lever à son coucher; et ils n’étaient point assouvis. Des vaisseaux pleins de trésors chargent les mers, qu’ils parcourent en tous sens. Que quelque recoin caché au delà des pays connus, que quelque terre produise