‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 311 sur 397 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

les rouvrit à volonté; il entretenait ses amis, non sur l’immorlalité de l’âme, non sur les opinions des philosophes, ne voulant rien de sérieux, rien qui annonçât des prétentions de courage : il se faisait réciter des poésies badines et des vers gracieux. Il récorqpensa quelques esclaves, en fit châtier d’autres; il se promena, il dormit, afin que sa mor^,' quoique violente, eût l’air d’une mort naturelle; et, dans son testament même, il ne mit point, comme tant d’autres, des adulations pour Néron, pour Tigellinus, ni pour aucune des puissances du temps. Il écrivit l’histoire des déportements du prince, en en détaillant les plus monstrueuses recherches, sous les noms d’hommes débauchés et de femmes perdues. Il l’envoya cachetée à Néron, et brisa le cachet, de peur qu’on ne s’en servit ensuite pour perdre des innocents'. » Pline l’Ancien dit que Pétrone brisa aussi, avant de mourir, une coupe précieuse dont il ne voulait pas que Néron pût jouir après lui.

C’est en l’an 67, c’est-à-dire deux ans environ après la mort de Lucain, que Pétrone périssait victime de -la haine de Tigellinus et de la jalousie de Néron.

Authenticité de Satyricon.

Quelques-uns se sont imaginé que le Satyricon était précisément l’écrit que Pétrone avait envoyé cacheté à l’empereur. C’est une .opinion qui ne peut guère se soutenir. L’écrit dont parle Tacite devait être assez court : or, ce qui nous reste du Satyricon est bien long , pour avoir été rédigé par un homme qui s’était fait ouvrir les veines ; et ce reste est tout au plus le huitième ou même le dixième de ce qu’était l’ouvrage. Il n’y a rien, dans le Satyricon, où l’on puisse reconnaître Néron et sa cour. Tout s’y trouve, excepté les tableaux qui devraient s’y trouver, si cet ouvrage était ce qu’on veut bien dire. Voltaire ne voulut jamais croire que le Satyricon fut une diatribe personnelle et presque nominative. Il y a plus loin, selon lui, de Trimalchion à Néron, que de Gilles à Louis XIV. Si l’on tient, à toute force, à voir

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