I. Tacite, Annules Vivre XH, cliapit'e xix
PÉTRONE, 507
dans Trimalchion la caricature d’un des Césars, ce n’est pas Néron qu’il faut rapprocher de ce ridicule personnage, c’est Claude, ce même Claude qui avait déjà inspiré VApocolokyntose, et qui nous a valu peut-être, grâce à son épaisse stupidité, les deux seules ménippées latines qui subsistent encore. Il est prouvé d’ailleurs, par un témoignage irrécusable, que Pétrone n’avait pas composé imiquement l’écrit qu’il envoya à Néron : « Pétrone, dit quelque part Macrobe, au moyen d’aventures fictives, écrivit des histoires d’amour et de petits contes. » Ces paroles, comme le remarque un critique, constatent suffisamment l’existence du Satyricon.
Pétrone et les déclamoteurs.
Le Satyricon, tel que nous le possédons, n’est qu’une suite de fragments plus ou moins longs, dont on ne peut que deviner la place respective. Ils ont été découverts et publiés successivement; et le plus considérable, celui qui contient le récit du souper de Trimalchion, n’a été trouvé qu’en 1663. Le premier fragment est d’un beau et sérieux caractère. Nous avons vu Pétrone, dans la préface de son épopée, parler de la poésie en homme qui s’y connaît : c’est par une page non moins sensée que s’ouvre aujourd’hui son livre ; mais il s’agit, dans cette page, de l’éloquence et non plus de la poésie. Nous transcrivons ici, tout à la fois et à titre de document littéraire, et comme un nouvel échantillon du talent de Pétrone, cette piquante diatribe contre les déclamations : « Ne sont-ils pas tourmentés d’une frénésie du même genre, les déclamateurs qui s’écrient : Ces blessures, c’est pour la liberté publique que je les ai reçues; cet œil, c’est pour vous que je l’ai perdu ; donnez-moi un guide qui me conduise vers mes enfants, car mes jarrets mutilés ne soutiennent pas mes membres. — Ces amplifications seraient •encore tolérables, si elles frayaient la route à ceux qni veulent atteindre à l’éloquence. Aujourd’hui, grâce à l’enflure des sujets, au vain retentissement des sentences, tout ce qu’ils gagnent, c’est, quand ils débutent au barreau, de se croire transportés dans un autre monde. Et les jeunes gens ne deviennent si absurdes, selon moi, dans les écoles, que