CHAPITRE XXXV
LA SATIRE APRÈS HORACE
jValérius Caton. — Perse. — Turnus. — Sulpicia. — Juvénal. — Génie de Juvénal. — Style de Juvénal. — Citations.
Valérlus Caton.
On pourrait rattacher à la poésie bucolique, tout autant qu’à la satire, un petit poëme intitulé Imprécations, qu’on s’accorde à regarder comme une production du siècle d’Auguste. C’est une espèce de dialogue en vers, dans le genre de ceux de Théocrite et de Virgile. Le sujet du poème est double. Ce sont d’abord, comme l’indique le titre, des plaintes et des imprécations ; celui qui les pousse est un malheureux qu’on a dépouillé de son domaine, durant les proscriptions de Sylla. Ce sont ensuite des lamentations sur l’absence d’une amante, nommée Lydie. Rien n’empêehe de supposer que le poëme formait originairement deux pièces distinctes. Quelques-uns veulent même que ces deux pièces soient de deux auteurs différents ; seulement ces deux auteurs auraient vécu l’un et l’autre dans le bon siècle. Le style des Imprécations est pur, la versification en est simple et harmonieuse ; mais je dois dire que la principale qualité du poëme est l’absence à peu près complète de tout défaut, au moins de tout défaut choquant.
Si l’auteur des Imprécations était personnellement, comme le prétendent certains critiques, le héros de son poëme, il serait antérieur à Virgile et à Horace, et contemporain, pour sûr, de César et de Cicéron. Il faudrait le louer alors de la facture élégante de ses vers, et le compter, avec Lucrèce et Catulle, parmi ceux à qui la poésie latine a dû ses dernières préparations. Mais il n’y' a guère de doute que cette aventure de biens confisqués n’ait été pour le poète qu’une simple matière, empruntée à l’histoire du passé. On affirmerait