‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 315 sur 397 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

presque qu’il a eu l’ambition de donner un pendant au Tityre de Virgile, et qu’il n’est qu’un imitateur du poète des Èglogues, bien loin d’avoir été un de ses devanciers. II. y en a qui ont cru que c’était Virgile qui s’était ainsi imité luimême; et le poëme est intitulé, dans les manuscrits, Imprécations de Virgilms Maro. Les critiques n’ont pas eu de peine à montrer l’absurdité de la supposition. Le nom de Lydie a fait penser A un grammairien du temps de Virgile' et d’Horace, nommé Valérius Caton, qui se piquait de poésie, et qui avait célébré une Lydie dans ses vers. C’est donc ce Valérius Caton qui serait l’auteur du poëme, ou des deux morceaux de poésie réunis sous le titre d’imprécations.

Il ne faut pas confondre Valérius Caton d’Antium, écrivain de l’époque classique , avec Dionysius Caton , écrivain du troisième siècle de notre ère, dont les Distiques moraux ont une grande vogue en leur temps, et surtout au moyen âge. La rapsodie de Dionysius Caton n’a guère de remarquable que son étendue : ces quatre livres de sentences n’ont presque rien de commun avec la poésie, ni îuême avec la littérature ; et ce n’est que dans des siècles sans goût qu’un demi-barbare, comme Dionysius Caton, a pu être compté parmi les gloires de Rome , et usurper sur les droits sacrés des véritables génies, en évinçant des écoles les modèles autrefois admirés, et en s’y substituant à leur place.

Perse.

Valérius Caton , ou l’auteur quel qu’il soit du petit poëme qu’on lui attribue, n’était qu’un versificateur estimable et un homme de talent : Perse fut un vrai poêle, et presque un homme de génie. Les six satires que Perse nous a laissées ne sont pas des chefs-d'œuvre ; la veine du poëte est loin d’être pure ; l’or y est mélangé de toute sorte de métaux de bas aloi; mais, malgré tout, l’or n’y est pas rare, et Perse a des beautés éclatantes, capables de racheter les plus impardonnables défauts. En lisant ces satires, les premiers essais et le dernier travail d’un poëte mort avant l’âge , on ne peut s’empêcher de reconnaître que Perse fut heureusement doué par la nature, et qu’il ne lui a manqué qu’ün

LA SATraE APRÈS HORACE.

peu de maturité, qu'une expérience réelle de la vie ; on comprend l’admiration des contemporains pour ses ouvrages; on s’explique que Quihtilien ait écrit cette phrase, souvent citée : « Perse, bien qu’avec un seul livre, a mérité beaucoup de gloire, et de vraie gloire. »

Aulus Persius Flaccus naquit en Tan 34, à Volterra, ville d’Étrurie. Sa famille appartenait à l’ordre équestre, et était alliée aux maisons les plus considérables de l’empire. Il vint â Rome à l’âge de douze ans, et il y fit de brillantes études, sous lés rhéteurslés plus célèbres, et sous le philosophe stoïcien Cbrnutus. Il se lia, dans les écoles, avec Lucain, plus jeune que lui dé quelques années. On dit que Lucain était le pfus enthousiaste de ses admirateurs, et que, quand Perse récitait ses vers, Lucain avait de la peine à retenir ses acclamations. Perse, tout imbu qu’il fut des maximes du stoïcisme, et bien qu’ami dévoué de Lucain, goûtait assez peu la personne et les ouvrages de Sénèque. Il ne connut d’ailleurs qu’assez tard le fameux philosophe, et il n’eut pas le temps de se laisser séduire aux charmes de son esprit. Il mourut à vingthuit ans, mais de mort naturelle. Ce n’est pas qu’il ne se fût exposé aux implacables rancunes de Néron. Il y a, dans ses satires, plu^ d’une allusion qui eût pu lui coûter la vie. Tel vere, ridiculisé par le satirique, serait même, suivant quelques-uns, un vers de Néron. Il n’en fallait pas tant pour se donner la chance de finir en s’ouvrant les veines. On dit aussi que Comutus jugea à propos d’effacer, dans les satires de Perse, quelques traits manifestement dirigés contre le tyran. Quoi qu’il en soit. Perse n’eut à souffrir que de la rigueur du destin; ou plutôt la Providence le sauva, par la mort, des dures nécessités où il eût peut-être été réduit plus tai-d comme tant d’autres.

Les anciens s’accordent à vanter les qualités morales de Perse, son amour pour sa mère, son affection pour tous les siens, son dévoûment pour ses amis. C’était un beau jeune homme, mais fort sobre et fort chaste, doux comme une jeune fille, et rougissant au moindre mot. Il traita toute sa vie Cornutus comme un second père, et il lui légua par testament sa bibliothèque et une somme d’argent considérable ; legs dont

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