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CHAPITRE XXXV

Qu’y a-t-il de plus beau, dans notre poésie, que la scène où Boileau nous peint les suggestions de l’Avarice, et son triomphe sur la paresse de l’homme ? Hé bien ! Boileau doit cette scène à Perse ; et, loin d’aVoir embelli l’original, il en a effacé les plus beaux traits. Dans Perse, le tableau est double : la Volupté dispute à l’Avarice sa conquête; et l’homme n’échappe à un joug que pour tomber sous un autre joug. Et ce n’est pas ici qu’on peut reprocher à Perse de sacrifier rien aux apparences ; verve, bon sens, clarté même, la pensée et l’expression, la vérité et l’éclat, tout y est à souhait, et h contenter les plus difficiles. Ce qui en restera, dans une traduction, ne sera peut-être qu’une ombre ; mais cette ombre aidera, je l’espère, h faire deviner la réalité.

« Tu ronfles paresseusement le matin. Debout ! dit l’Avarice ; allons, debout! Tu refuses; elle insiste. Debout! ditelle. — Je ne puis. — Debout ! — Et pourquoi faire? — Tu le demandes ! va chercher dans le Pont des poissons exquis ; apporte du castoréum, du chanvre, de l’ébène, de l’encens, des étoffes luisantes de Gos; enlève le premier le poivre nouveau du dos d’un chameau altéré ; trafique, parjure-toi. — Mais Jupiter entendra. — Ah ! imbécile, résigne-toi à gratter du doigt jusqu’au fond ta salière épuisée, si tu prétends vivre d’accord avec Jupiter.

« Déjà ta robe est retroussée; tu charges tes esclaves de ta valise et de la cruche au vin ; vite au vaisseau. Rien n’empêche que tu fendes de ton vaste navire la mer Égée, à moins que l’adroite Volupté ne te tire à l’écart, pour te donner ses avis : Où cours-tu de ce pas, insensé ! où ? que demandes-tu? Sous ta poitrine brûlante fermente une mâle fureur, que ne pourrait éteindre une urne de ciguë. Toi, traverser la mer ! toi, t’asseoir sur des câbles, prendre pour table un banc de rameur, et boire du clairet piqué de Véies, exhalant du vase au large fond l’odeur fétide de la poix! Que te faut-il \ que ton argent qu’ici tu nourrissais au modeste denier cinq, achève de suer l’énorme denier onze? Livre-toi à la joie ; cueillons les plaisirs : jouir c’est vivre. Un jour tu ne seras plus que cendre, ombre, vain nom. Vis

LA SATIRE APRÈS HORACE. 515

en te souvenant dé la mort : l’heure fuit ; ce que je dis est déjà loin.

« Hé bien! que fais-tu? Te voilà tiraillé par deux hameçons contraires: suis-tu celui-ci, ou celui-là? Tu subiras nécessairement tour à tour les caprices de ces deux maîtres, et tu passeras alternativement d’un jougr à l’autre. Gardetoi, parce qu’une fois que tu auras résisté, et que tu ne te seras pas rendu à un ordre pressant, de dire : Enfin j’ai brisé mes fers ! car, à force de lutter, le chien aussi emporte son nœud ; mais, dans sa fuite, il traîne pendant à son cou un long bout de sa chaîne*. »

Tnrnus.

Un contemporain de Perse, nommé Tumus, est cité au nombre des poètes satiriques. Ce fût, dit-on, en son temps, ^ homme distingué et d’un mâle courage. C’est en ce sens que Martial parle de lui. On lit, dans quelques recueils, à la suite des œuvres des grands satiriques, un morceau remarquable par la verve et l’énergie, sur l’avilissement des poètes au temps de Néron. Ce morceau a été publié pour la première fois par Balzac,, et signé par lui du nom de Turnus. Mais ce n’est, en réalité, qu’une belle imitation de l’antique. Tous les critiques bien informés savent à quoi s’ en tenir sur la vraie origine de ces vers ; et c’est an premier éditeur, c’est à Balzac en personne qu’ils reportent l’honneur de les avoir écrits.

«alpteia.

Domitien se passa un jour la fantaisie de chasser de Rome tous les philosophes. Il avait peur, selon Tacite, que rien d’honorable pût nulle part se présenter à ses yeux. Parmi ceux qui durent obéir à l’édit du Néron chauve, comme eût dit Juvénal, se trouvait un certain Calénus. Calénus était Tépoux d’une poétesse, nommé Sulpicia. Martial et d’autres auteurs ont célébré le talent de cette femme, la pureté de sa vie, son dévoûment à son époux. L’exil de Calénus la fit sortir du calme habituel de ses pensées ; elle quitta un

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