CHAPITRE XXXVI
MA1VTI4L.
L’épigramme après Catulle. — Vie de Martial. — Épigrammes de Martial.
— Caractères de ia poésie de Martial — Style de Martial.
li’éplgraniiue aprèa Catulle.
Catulle avait excellé dans l’épigramme. Plus d’un parmi ses contemporains en tourna passablement quelqu’une. On se rappelle les vers de Jules César sur Térence. Les deux frères Cicéron, sans être de grands poètes, savaient aiguiser et versifier un mot heureux. Ce talent de bien dire de petites choses devint presque vulgaire k Rome , au siècle d’Auguste, quand le goût de la poésie eut envahi toute la ville , et qu’on vit, selon l’expression d’Horace, ignorants et savants écrire des poèmes. Il n’est guère d’homme de quelque esprit qui ne soit cité comme ayant laissé des épigrammes, et même de bonnes épigrammes. Auguste en faisait de fort piquantes, smon de fort chastes. Nous en avons une de Mécène, qui est pleine de bonhomie et de grâce, et que La Fontaine a éternisée. Je n’ai pas besoin de rappeler que Virgile, qn’Ovide, que presque tous les poètes fameux avaient été aussi des épigrammalistes à leurs heures. Je remarque seulement qu’un catalogue complet de tous les amateurs qui , poètes ou non, se sont crus en état de rédiger en vers quelque petite malice ou quelque trait agréable , serait une liste presque sans fin. Mais, parmi tous ces noms, il en est bien peu qui vaillent d’être cités. Peu importe au lecteur Lentulus Gétulicus , ou Sentius Augurinus , ou tel autre. L’empereur Adrien , qui a adressé de si jolis vers à son âme, mériterait presque seul une exception. Ce n’est pas que Y Anthologie latine ne contienne quelquefois, sous les noms les plus ignorés, des pièces assez gentilles ; mais cette petite poésie ne nous arrêtera pas. Martial nous appelle, Martial qui est presque le génie même de l’épigramme; un poète de grand
MARTIAL
renom, et dont nous devons signaler avec quelque détail les qualités et les défauts.
vie de Martial.
Marcus Valérius Martialis naquit en l’an 40, à Bilbilis, ville d’Espagne dans la Tarraconaise. A l’âge de vingt et un ans, il quitta son pays, et vint à Rome. Il ne voulait d’abord qu’y perfectionner son éducation; mais il finit par s’y fixer, et il y demeura trente-cinq années. Il ne fit jamais d’autre métier que celui de poète. Grâce aux largesses de quelques patrons opulents, et surtout de Domitien Jupiter, il vécut entre la misère et l’aisance, mais toujours plus voisin de la pauvreté que de la richesse. Les honneurs ne lui manquèrent pas. Domitien le nomma chevalier, et lui accorda certains privilèges plus ou moins enviables. En même temps il devenait célèbre dans tout l’empire, et sa renommée d’écrivain atteignait, k l’en croire, les plus hautes; non pas seulement celles du siècle où il vivait, mais celles des temps passés. Il y a ici, sans doute, un peu de vanterie espagnole; mais il est incontestable que Martial eut de beaux succès littéraires, et qu’il prit rang, dès ses débuts, parmi les poètes aimés du public. A cinquante-six ans, veuf et sans famille, il sentit renaître en lui l’amour du sol natal, et il retounia à Bilbilis. Là, il contracta un second , ou , selon quelques-uns , un troisième mariage, qui assura son existence contre les mauvaises chances de la fortune. ^Quand il était parti de Rome, il avait fallu que son ami Pline le Jeune lui payât les frais du voyage. Marcella, sa nouvelle femme , lui apporta en dot de quoi faire à peu près , dans Bilhilis , figure de chevalier. Mais il ne jouit pas longtemps des biens si tard acquis. On ne sait pas la date exacte de sa mort ; mais on sait qu’il ne dépassa pas beaucoup la soixantaine.
tf:plsramn>r« de Martial.
Martial n’a jamais écrit ni voulu écrire que des épigrammes. 11 y en a quinze cents environ dans son recueil , et elles sont divisées en quatorze livres, sans compter le livre préliminaire, intitulé Spectacles. La Harpe, qui se trompe sur les chiffres réels des livres et des épigrammes,