‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 324 sur 397 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

mérite d’être In, ce n’est pas parce qu’il fut malin, c’est parce qu’il fit sans l’être, comme dirait Boileau, ses plus grandes malices.

Btyle de Sfartial.

« Martial, dit M. Nisard, poète de goût, malgré tout son libertinage d’esprit encore plus que de mœurs, n’avait pas l’ardeur de nouveauté des poètes d’imagination, ni cette négligence propre à toutes les poésies ambitieuses. Ses petites pièces sont pour la plupart, dans l’expression, timides et travaillées. Martial se souvenait des préceptes d’Horace ; il composait, selon la méthode de l’Épître aux Pisons, pour l’oreille fine de quelque Métras. De là bon nombre de morceaux d’une facture excellente,... La nature de son esprit le portait à continuer les maîtres : il avait le sens de leur grande poésie; il l’aimait et il l’admirait. » M. Nisard remarque ensuite que les sujets traités par Martial ne comportaient guère les témérités qui firent, en ces temps-là, la fortune de tant d’autres poètes; et que Martial fut simple dans son style, précisément parce qu’il n’écrivait que des épigrammes : « Ses poésies n’étaient pas de celles qui se lisent en public relies sont à la fois trop courtes et de trop peu d’apparat, et ne comportent ni les éclats de voix, ni les suspensions préméditées, ni le geste théâtral, ni toute cette pantomime dont les faiseurs d’épopées accompagnaient leurs solennelles lectures; outre que ses petites satires pouvaient tomber à l’improviste sur quelques-uns de ses -auditeurs.... Son public était pris dans toutes les classes et de tous les côtés; public indépendant, lisant pour son plaisir bien plus que pour des querelles d’école, et qui demandait un style simple, sans grands frais d’invention, populaire, et des vers qui pussent s’apprendre et se répéter comme des airs faciles. De là, de temps en temps, la simplicité de Martial, sa concision, sa clarté; sauf un reste de barbarie espagnole, soit que les pièces gâtées par ce défaut soient plus près de son début littéraire, soit qu’à certains moments de paresse et de relâchement, le naturel provincial reprit le dessus sur son éducation romaine. Mais les

MARTIAL

poètes qui ont plus de qualités que de défauts doivent être caractérisés par leurs qualités : aussi est-il juste de ranger Martial parmi les poètes qui savent être originaux en res<tant fidèles à la tradition. Sa langue est de bon aloi, malgré quelques fautes qui lui viennent soit de son pays, soit de concessions faites au goût du jour; concessions d’autant plus choquantes qu’elles manquaient de cette tournure ingénieuse que les poètes d’imagination savent donner même à l'extravagance. »

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