‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 327 sur 397 · CHAPITRE XXXni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXni

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Gaïos Silins Italiens, né, selon les uns en Italie, selon les antres en Espagne, fut un personnage considérable. Il fut nommé au consulat en l’an 67, et nue seconde fois sous Vespasien. Dans sa vieillesse, il quitta les affaires publiques, et il se retira sur ses terres de Campanie. C’est là qu’il mourut, durant les premières années du règne de Trajan. Les Romains le regardaient comme un grand orateur et un grand poète. Quelques-uns ne faisaient pas de difficulté de le comparer à Cicéron et à Homère. On reconnaît bien là cet étemel aveuglement des hommes à l’égard de leurs contemporains, et cette impuissance absolue oùnous sommes de priser à leur réelle valeur les œuvres nées sous nos yeux. Nous ne savons rien sur l’éloquence de Silius, sinon que Silius orateur avait pris Cicéron pour modèle : c’était donc au moius un homme de bon sens. Quant à sa poésie, nous en pouvons juger par les Puniques.

Les Puniques sont une épopée historique en dix-sept livres. Silius raconte la deuxième guerre Punique, depuis ses débuts jusqu’au triomphe de Scipion. « Silius, dit M. Nisard, qui avait très-peu d’imagination, a fait de l’éradition sérieuse : il a suppléé les omissions de Tite Live; en sorte qu’on ne pourrait faire une histoire complète des guerres Puniques, sans consulter Silius Italiens. Seulement, pour se persuader à lui-même et pour faire croire aux autres qu’il compose un poème, et non qu’il versifie l’histoire, il emprunte aux vieilles recettes de l’épopée des machines ou des fictions glacées, qui rendent la lecture de son poème insupportable. » Silius, malgré ses défauts, est très-supérieur à Yalérius Flaccus. Ce n’est pas dire beaucoup sans doute; mais il y a du feu et du mouvement dans ses tableaux de batailles; son style est assez simple, et ne dément qu’à moitié la prétention du poète de rester fidèle aux traditions de Virgile ; enfin Silius est un bon versificateur : c’est même là son mérite le plus incontestable. Je n’ose pas dire que Silius Italicus ait droit d’être compté comme un héritier légi-

PSEÜDO-VIRGILIENSi

time dB chantre de l'Énéide. Mais il faut lui savoir gré d’être en général un assez bon écrivain, et d’avoir été vraiment poêle à ses heures. Je sais tout ce que Tite Live pourrait revendiquer dans la plupart des beautés dont on est d’abord tenté de faire honneur à Silius; mais c’est quelque chose que le poète des Puniques n’ait pas toujours été indigne d’un tel prosateur. Les Puniques ne sont pas un chefd’œuvre; CJB n’est pas même une grande œuvre; le bon n’y compense pas le médiocre, tant s’en faut, ni même le mauvais; mais il y a, à travers trop de pages nauséabondes, des pages à lire et même à admirer : ü ne s’agit que de choisir. Silius a manqué de génie ; je le regrette, car il avait une belle âme : il avait la passion du bien et du beau, un vif enthousiasme et presque une sorte de culte pour les héros de la pensée, surtout pour VirgUe et pour Cicéron. On conte qu’il avait acheté une des maisons de campagne autrefois possédées par Cicéron, et un domaine, près de Naples, où se trouvait le tombeau de Virgile. Malheureusement, comme le remarque un critique, cela était plus aisé (j’ajoute, pour un homme riche comme Silius) que de ressembler à l’un ou à l’autre.

Voici un de ces morceaux où Silius a déployé des qualités distinguées, et qui sauveront du naufrage une certaine part de sa réputation. C’est le portrait d’Annibal : « Par caractère, Annibal était avide de mouvement, et incapable de garder sa foi ; consommé dans la ruse, mais déviant de l’équité. Armé, il bravait audacieusement les dieux. Son courage indomptable lui fait mépriser une paix avantageuse : jusqu’au fond de ses entrailles brûle la soif du sang humain. D’ailleurs, verdoyant de jeunesse, il ambitionne d’effacer le souvenir des Égales, honte de ses pères, et d’engloutir les traités dans les mers de la Sicile. Junon l’anime encore, et tourmente son cœur de l’espérance de la gloire. Et déjà, dans les visions de ses songes, ou il pénètre au Capitole, ou il s’avance h pas rapides à travers les sommets des Alpes. Souvent aussi ses serviteurs, au seuil de sa porte, éveillés dans leur sommeil, tremblèrent à la voix terrible qui troublait le vaste sÜMice; et ils trouvèrent le guerrier inondé de

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