CHAPITRE XXXVII
sueur, livrant des combats futurs, et faisant des guerres imaginaires ^ »
8(ace.
Publius Papinius Statius, né à Naples en l’an 61, était fils d’un grammairien instruit, qui lui-même avait réussi dans la poésie. Stace le père, ayant transporté son séjour à Rome, y fut un des maîtres de Domilien, et y fit une certaine figure. Stace le fils fut un enfant très-précoce, et même -une sorte de prodige. Bien longtemps avant l’âge d’homme, il était déjà célèbre pour son talent poétique, et surtout pour sa facilité à improviser des vers. Personne n’eut jamais des succès plus brillants que Stace. Il remportait la couronne dans tous les concours ; dans les lectures publiques, il soulevait d’immenses et unanimes applaudissements. Le mauvais état de sa santé le força de renoncer de bonne heure aux triomphes accoutumés. Il se retira dans une maison de campagne, aux environs dé sa ville natale. Il y languit tristement jusqu’à sa mort, qui ne tarda guère. Il mourut en l’an 96, n’ayant pas encore atteint sa trente-sixième année.
Il y a un passage de Juvénal qui pourra donner une idée et de la réputation dont Stace jouissait de son vivant, et de l’effet extraordinaire de ses lectures ; « On court pour en^ tendre une voix agréable déclamant ce poème aimé du public, la Thébaïde. Stace a mis la joie dans la ville, ' en fixant son jour. Tant il sait captiver les cœurs par ses charmes; tant il sait passionner tout un auditoire! Mais, après que les bancs ont retenti, à se briser, des applaudissements provoqués par ses vers, il souffre de la faim, à moins qu’il ne vende à Pâris les prémices de son Agavé"^. »
Nous n’avons pas toutes les poésies de Stace. La tragédie dont Agavé était l’héroine, tragédie imitée probablement des Bacchantes d’Euripide, n’existe plus. D’autres ouvrages ont eu le même sort; mais ce qui nous reste est encore
t. Silias Italiens, Puniques, livre I, vers 56, et suivanls.
2. Juvénal, Satires, satire Vit, vers 82 et suivants. Je remarque seulement sur ces vers que le mot esurit est plus qu’une lijperbolc , et que Stace ne connut jamais le besoin.
PSEUDO-VIRGIUENS.
très-considérable. Il y a une épopée entière, qui n’a pas moins de douze livres, cette Thèhdide tant applaudie jadis; il y a deux livres d’une autre épopée, intitulée Achüléide, qui n'a jamais été terminée par le poêle; il y a les Silves, collection de trente-deux petits poèmes, de forme et d’importance diverse, distribués en cinq livres.
Le sujet de la Tliébaïde est la guerre de Polynice contre son frère Étéocle. Selon toute apparence, Stace s’est beaucoup servi de la Thébaide d’Antimachus, et des autres poèmes grecs inspirés par ces antiques catastrophes. Gomme les Argonauiiques de Valérius Flaccus, la Thébaide est avant tout une œuvre d’érudition mythologique. « Slace et Valérius Flaccus, dit M. Nisard, ont tiré de là toute la substance de leurs poèmes. Ils relèvenf, par toute la Grèce, tous les temples que la guerre ou le temps y ont détruits; ils consacrent de nouveau tous les lieux consacrés; ils refont les généalogies avec plus de soin que ces généalogistes aux gages des grandes maisons, lesquels recevaient un salaire pour entasser les quartiers, et pour cacher la tête de la famille dans les nuages de la barbarie. Travail immense, si l'on considère combien les traditions sont obscures et contradictoires. Évidemment Stace et Valérius Flaccus croyaient avoir retrouvé la poésie grecque, ayant retrouvé son personnel de dieux et de héros. » J’ajoute que Stace n’est guère plus habile que Valérius à disposer ses matériaux mythologiques, à en tirer parti, à ménager et à graduer l’intérêt de son poème, à trouver et à préparer les épisodes, à fondre dans un tout harmonieux les emprunts qu’il fait à ses devanciers. Mais, comme le remarque un critique, il a plus de feu dans l’imagination, et saisit plus vivement les objets. Quelques-uns de ses caractères sont esquissés, dans certaines parties, avec une sorte de force. Ses descriptions de batailles ne sont pas inférieures à celles de Silius Italiens. Quelques-unes, comme dit M. Nisard, sont remuantes, et sans faux luxe de morts extraordinaires et de blessures ridicules. M. Nisard rend également justice à ses comparaisons. Il fait mieux; il en cite qui sont fort belles, et dignes, par plus d’un point, du grand art de Virgile. N’im-