CHAPITRE XXXVII
Stace, et Martial a été piteusement vaincu. C’est que Martial était de ceux qui ne savent bien dire que quand ils ont quelque chose à dire. Aussi ne lui ferai-je point un crime d’avoir composé jusqu’à quatre épigrammes, toutes les quatre détestables, à propros du sacrifice d’Éarinus. « C’est presque un honneur pour Martial, dit M. Nisard, d’avoir été si mal inspiré pour de si pauvres choses. Il faut lui rendre cette justice que, s’il ne trouve que des flatteries sans délicatesse et sans sel pour César lui-même, il est encore plus malheureux pour les eunuques et les valets de César. »
Nous ne citerons rien de Stace. Ce qui précède explique suffisamment pourquoi. Stace traduit n’est plus Stace. Que resterait-il dans ma prose, que reste-t-il dans celle même de ses meilleurs traducteurs, une fois cette poésie dépouillée de sonrhythme, de son charme musical, de toutes ses élégances? Je ne me sens pas le courage d’une lutte impossible contre des phrases et des mots. Ceux qui aiment l’esprit pour l’esprit, le style pour le style, et, comme on dit chez nous, l’art pour l’art, sauront bien aller chercher l’original.
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Quelques-uns rangent, parmi les œuvres de Stace, VÉloge de Calpurnius Pison, petit poëme de deux cent soixante et un hexamètres. J’ai lu avec soin cette prétendue silve, et je n’y ai rien aperçu ni de la manière de Stace, ni surtout de son esprit et de ses ressources en tout genre, h’ Éloge de Calpurnius Pison est parfaitement insipide. Le poète, ou plutôt le versificateur, ne sort pas un instant du lieu commun le plus vulgaire. Ainsi, après avoir dit que Pison a les talents les plus variés, et qu’il sait se plier, selon l’occasion, aux travaux les plus divers et même aux plaisirs, il ajoute : « On n’aime pas toujours l’éloquence au front ridé; la troupe guerrière ne reste pas toujours en armes, et le clairon terrible ne retentit pas jour et nuit ; le Crétois n’est pas toujours l’arc en main, visant au but, mais il le détend et en ôte la corde ; le soldat arrache le casque de sa tête, l’épée de son flanc. La nature elle-même a ses vicissitudes : elle varie sa marche réglée, et elle développe l’année par les changements
PSEUDO-VIRGILIENS
du feuillage. Des nuages pluvieux et menaçants ne voilent pas toujours la sérénité du ciel et l’éclat des astres. L’hiver a son repos, et sèche au printemps son humide chevelure ; le printemps fuit devant l’été; l’automne, fécond en fruits, presse le départ de l’été, et disparaîtra devant les brouillards et les pluies. Que dis-je? le père même des dieux cache [ses armes enflammées, et, retournant aux festins de la table de Ganymède, il prend la coupe de cette main qui a porté la foudre’. » Et d’autres développements de la même richesse. Ce n’est pas ainsi que Stace féconde ses sujets, même les plus stériles. Il est vrai que l’auteur du poëme dit qu’il n’a que vingt ans ; on peut donc lui passer ses tautologies enfantines. Mais je suis bien sûr que Stace, à vingt ans, était un artiste autrement habile que le panégyriste de Pison. Autre difficulté pour ceux qui attribuent VÉloge de Calpurnius Pison au poète des Silves. Quel est ce Pison que Stace aurait célébré, pour tâcher de s’en faire un Mécène? Ce n’est pas, certes, le Pison de la fameuse conspiration, qui mourut dans un temps où Stace était encore à la bavette. Or, ce Pison est le seul k qui s’applique exactement le portrait fait par le poète, sauf les petites exagérations permises k un panégyriste. Enfin, le pauvre diable qui adresse cette humble supplique à un riche patron, et qui semble surtout viser à sa bourse, ne me représente nullement le fils du célèbre grammairien de Naples, du maître de Domitien ; le poète si fêté dès ses débuts ; un homme qui n’eut jamais besoin, quoique semble dire Juvénal , de rien vendre à Pâris pour .se préserver de la misère.
Ce poète, qui n’est pas Stace, quel est-il donc? On a imaginé de le chercher jusque dans le siècle d’Auguste. On a fait de ce Pison le père de ces deux Pisons à qui Horace s’adresse dans VArt poétique, ou l’un de ces deux Pisons ; on a nommé Ovide, on a nommé Virgile même. Hypothètes cent fois plus inadmissibles que celle des partisans de Stace ; et pour toute sorte de raisons qu’on me dispensera de déduire. Je remarquerai seulement que le prétendu Virgile,
I . Éloge de Ciilpurnius Pison , vers 1 27 el suivants. UTT. ROM.