‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 331 sur 397 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

et un Virçrile de vingt ans, rappelle à son protecteur que le poète de VÉnéide n’eût jamais rivalisé avec Homère, si Mécène n’avait accueilli sa muse. D’antres, en désespoir de cause, se sont rabattus surLucain; aussi peu sensément, à mon gré. Lucain était l’ami de Galpurnius Pison, et non pas son protégé. Lucain, avec sa grande fortune, Lucain le favori de Néron, n’eut jamais à mendier l’assistance de personne; endn, la poésie de Lucain, si énergique, et même si savante malgré ses défectuosités, n’a rien de commun, absolument rien, avec la plate et insignifiante poésie de V Éloge de Calpurnius Pison.

Il y a un poète auquel on n’avait pas songé d’abord, qui a tous les titres requis à cette paternité contestée. C’est Saléius Bassus, l’humble Saléius, comme le désigne Juvénal, ou, pour traduire plus exactement, le mince Saléius. H était fort pauvre ; l’épithète de Juvénal en fait foi, surtout le commentaire dont Juvénal l’accompagne. Les libéralités de Vespasien le tirèrent de la misère ; mais il avait été longtemps réduit aux expédients. D’ailleurs les dates conviennent. Saléius écrivait déjà an temps de Perse et de Lucain; et rien n’empêche qu’il ait, à vingt ans, composé l’Eloge de Calpurnius Pison. Ce début n’annonçait pas un grand génie, ni même un véritable talent. Il paraît cependant que le panégyriste de Pison se fit plus tard une assez belle place dans la littérature , à côté de Martial et de Stace. L’auteur du Dialogue des Orateurs donne à Saléius le titre de poète excellent; il dit que les vers naissent chez lui élégants et pleins de charme. Mais nous ne savons pas par quelle œuvre Saléius avait conquis sa réputation. Nous ne savons pas non plus s’il appartenait à ce que nous nommons l’école virgilienne. Son premier poème me porterait à le croire : lâ versification en est passablement simple, et la diction à peu près pure. Cependant je dois remarquer que Quintilien parle de Saléius Bassus dans des termes qui feraient supposer un émule de Lucain bien plus qu'un disciple de Virgile : ot Saléius Bassus eut un génie véhément et poétique, et que la vieillesse même ne parvint pas à mûrir. »

PSEUDO-VIRGILIENS

Térentiaous nauruft. *

Quant à Térentianus Mauras, celui qui a versifié les règles de la métrique, et qui est, selon quelques-uns, le même Térentianus, préfet de Syène, dont il est question dans Martial, nous devons le compter comme un des partisans les plus di’clarés de la réaction classique. Son style n’a aucun’des défauts dont les virgiliens mêmes n’ont pu se préserver. Il traite en fort bons termes, dans ses quatre livres, et même avec infiniment d’art, des lettres de l’alphabet, des syllabes, des pieds et des mètres, et il donne, comme le remarquent ses admirateurs, l’exemple avec le précepte, car il emploie, à propos de chaque espèce de rhythmes, des vers écrits dans la mesure de ceux dont il explique les règles. Je ne demande pas mieux que de reconnaître dans Térentianus Maurus un homme savant et habile. Son poème est, si l’on veut, le chef-d’œuvre du genre auquel appartiennent les Racines grecques. Mais on conviendra, je l’espère, que Térentianus est trop près, malgré tout, du bonhomme Lancelot, pour ne pas être un peu loin de Virgile.

ColoBielle.

Térentianus Maurus n’aurait pas écrit les Géorgiques. Un brave agriculteur eut l’ambition de les compléter. Lucius Junius Modératus Golumella, un Espagnol de Gadès, contemporain probablement des poètes dont nous venons de parler, rédigeait un traité de la Chose rustique, comme autrefois Caton et Varron. Arrivé à son dixième livre, il imagina d’écrire ce livre en vers, parce qu’il s’agissait des jardins, et parce que Virgile avait dit : « Mais l’espace me manque; je passe k côté de ce sujet, et je le laisse à chanter à d’autres*; » puis il revint à la prose, dans le reste de son ouvrage, c’està-dire dans le onzième livre et dans le douzième. Columelle était un prosateur honnête; mais la vérité me force à confesser qu’il n’est guère plus poète dans son dixième livre que dans les onze autres. Il traite des jardins en jardinier.

Virgile, Géorgiqufs, livre IV, vers H7, M8.

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