CHAPITRE XXXVIll
tous, de V Orateur. Tout ce que j’en veux conclure, c’est que La Harpe connaissait mieux son Quintilien que son Cicéron. J’ajoute que nous sommes encore un peu comme La Harpe. Mes réclamations n’y feront pas grand’chose; et Quintilien sera surfait dans l’avenir, comme il a été surfait dans le passé. Il ne manquera même pas de critiques charitables pour insinuer que je pourrais bien être coupable, et au premier chef, du crime de lèse-antiquité , parce que je voudrais voir Quintilien à son vrai rang, trois degrés plus ou moins au-dessous des écrivains de génie, et parce que je me borne à dire, comme je le pense, que Quintilien n’est qu’un homme de savoir, de goût et d’esprit, et que son livre n’est qu’un bon livre.
TIe de Qnlntilien.
Marcus Fabius Quintilianus , le promoteur de la réaction classique, le pontife des vieilles croyances littéraires, l’éloquent contradicteur des partisans de l’école nouvelle, était un Espagnol, comme les Sénèque et comme Lucain, ces grands révolutionnaires de la décadence. Il était né à Galaguris, aujourd’hui Calahorra, ville de la Tarraconaise, vers l’an 42 de notre ère. Il vint de bonne heure à Rome; mais il retourna ensuite dans sa patrie, et il y enseigna la rhétorique avec beaucoup d’éclat. Galba, qui gouvernait l’Espagne, fut frappé de son mérite et de sa réputation ; plus tard, élevé à l’empire, il se souvint du brillant rhéteur de Galaguris, et il l’attira en Italie. Les succès de Quintilien, à Rome, furent prodigieux. On accourait, pour l’entendre, de tous les pays du monde. Il renouvelait, mais avec des prestiges plus avouables, les merveilles des Gorgias et des Protagoras. Au barreau, mêmes triomphes : il fut, en son temps, le premier des avocats, comme le premier des professeurs. On le combla de dignités, mais on ne se borna point à le repaître de gloire. Il fut investi, par un décret, du titre de professeur public d’éloquence, et il reçut, en cette qualité, des émoluments considérables. 11 put donc dignement soutenir son rang, quand Domitien fit de lui un consul. Domitien, qui ne détestait pas le talent et la vertu, lorsqu’il y trouvait personnellement son
compte, ne laissa aucune occasion de témoigner à Quintilien son admiration et son estime. C’est Quintilien qu’il chargea de l’éducation des fils de sa nièce. Quintilien ne s’enivra point de .sa renommée , ni même des honneurs qui étaient venus le chercher. Quand il crut son œuvre accomplie, ou, si l’on veut, quand il s’aperçut qu’il avait atteint son apogée et qu’il lui faudrait un jour déchoir, il prit une résolution virile : il quitta sa chaire, il renonça au barreau, il se confina dans une retraite studieuse, d’où il ne sortit plus. Il y passa de longues années; mais ces années eurent pour lui de cruelles amertumes : il perdit sa femme et ses enfants, et sa vieillesse fut aussi triste et solitaire que son âge mûr avait été riant et couronné d’espérances. Il prolongea sa vie jusqu’au règne d’Adrien, et il mourut vers l’an 118, ù peu près octogénaire.
Oavraxcit de ^iiiiitllieti.
On imprime encore, sous le nom de Quintilien, un recueil de déclamations, dont l’authenticité est pour le moins douteuse. Il y en a cent soi.xante-trois, di^-huit grandes et cent quarante-cinq petites; et ces cent soixante- trois déclamations ou esquisses de déclamations ne sont que le reste d’un recueil plus étendu, qui en contenait trois cent quatre-vingt-huit. Il n’y arien, dans ces semblants de discours, qui réponde à l’idée qu’on peut se faire de Quintilien orateur. La langue n’en est pas trop mauvaise; mais ce ne sont ni les pensées, ni le ton, ni le style de l’auteur de ÏInslitulion oratoire, ni surtout son talent. On pourrait admettre, à la rigueur, que les Déclamations sont les devoirs des élèves de Quintilien, seulement revus et retouchés par le maître ; mais encore sa main s’y montrerait-elle en plus d’un endroit. Quelques-uns veulent que le Fabius Quintilianus des Déclamations soit le père de Quintilien; d’autres attribuent le recueil ou à un certain Postumius, ou à un certain Marcus Florus. Mais il ne nous importe guère d’avoir une opinion sur l’origine de ces tristes rapsodics.
Quintilien avait composé un ouvrage intitulé des Causes de la Corruption de l’Éloquence. Gel ouvrage n’est point parvenu