‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 336 sur 397 · CHAPITRE XXXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVm

jusqu’à nous. Nous n’avons pas non plus son traité en deux livres de l'Arl de la Bhélorique. U est probable que ce traité n’était qu’une simple esquisse, le programme en quelque sorte des leçons que Quintilien faisait à ses disciples. Quant à l'Institution oratoire, c’est un cours complet, et où les matières de la rhétorique sont développées dans tous leurs détails. Ce grand traité n’a pas moins de douze livres, et chacun de ces livres est d’une étendue assez considérable.

li'lnatUutlon oratoire.

Quintilien prend son orateur au berceau même, et il le fait passer succes-sivement par tous les degrés qui doivent le conduire à la perfection de l’art. Il s’occupe d’abord des études élémentaires, et de toute celte partie de la grammaire qui est le préliminaire obligé de toute bonne rhétorique; puis il aborde ce qui est proprement son sujet, et il définit la nature de la rhétorique, son but, sa portée; enfin, oomme tous les rhéteurs, il disserte longuement sur l’invention, sur la disposition et sur l’élocution. Le douzième livre est consacré à la personne de l’orateur. Quintilien n’abandonne pas son disciple à lui-même, après lui avoir révélé les secrets du bien dire : il se transporte avec lui sur les théâtres où doivent se déployer ses facultés, et il lui montre ce qu’il y faudra faire, selon les occurrences, pour ne jamais rien perdre de ses avantages.

Quintilien était déjà un honune d’âge, quand il commença à rédiger V Institution oratoire. C’était, comme je l’ai dit d’après son propre témoignage, dans un temps où il jouissait d’un loisir acquis par vingt ans de travaux et de succès. Aussi y a-t-il, dans cet ouvrage, je ne sais quel laisser-aller et quelle bonhomie qui n’est pas sans charme. Quintiben aime à causer avec son lecteur, ou, si l’on veut, avec son ami Marcellus Yiclorius. Il rompt à chaque instant, par quelque réflexion, par une anecdote, par un mot piquant, la monotonie des préceptes. Il mêle, autant que le comporte sa matière , l’agréable à l’utile. Il cherche les occasions de style, préambules, digressions, thèses de morale ou de goût ; il insiste, avec une prédilection assurément fort légitime,

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sur toutes les idées un peu attrayantes qu’il rencontre en son chemin. Aussi l’Institution oratoire abonde -t-elle en morceaux brillants. Il n’y a guère d’auteur qui soit plus facile à citer que Quintilien. On n’a que l’embarras du choix. Je me suis fixé sur un passage du premier livre, où Quintilien traite la question tant controversée encore de nos jours, si l’éducation publique vaut mieux, oui ou non, que l’éducation privée :

* On croit que les mœurs se gâtent dans les écoles ; elles s’y gâtent en effet quelquefois, mais dans la maison paternelle aussi — Suppose une âme portée au mal; suppose qu’on mette de la négligence à former et à conserver dans le premier âge le sentiment de la pudeur : l’intérieur d’une maison ne fournira pas une moindre occasion à des actes honteux. Car ce précepteur domestique peut n’être qu’un infâme ; et d’ailleurs il n’y a pas moins de danger pour Tenant à vivre en compagnie d’esclaves méchants qu’avec des ingénus peu modestes.... Plût aux dienx que nous-mêmes ne gâtassions pas les mœurs de nos enfants! A peine nés, nous les énervons par les délices. Cette molle éducation, que nous appelons indulgence, brise tous les ressorts et de Tâme et du corps. Que ne convoitera point, à Tâge d’homme, celui qui rampe sur la pourpre ? Il ne prononce pas encore ses premiers mots ; et déjà il comprend ce que c’est que couleur écarlate, déjà il veut qu’on lui donne un habit de pourpre. Nous formons leur palais avant leur langue. Ils grandissent dans des litières : s’ils touchent terre, les voilà pendus aux mains de deux personnes qui les soutiennent. Nous sommes enchantés quand ils ont dit quelqne parole un peu libre. Nous accueillons avec des rires et des baisers des mots qu’on ne devrait pas même passer à des bouffons alexandrins. Faut-il s’étonner de ces cQspositions ? c’est nous qui les avons instruits; ce sont nos leçons qu’ils suivent.... Il n’y a pas de festin qui ne retentisse de chansons obscènes : ce sont des spectacles que j’aurais honte de retracer. De tout cela naît une habitude, puis une nature. Ils apprennent ces choses, les infortunés 1 avant de savoir que ce sont des vices; puis, énervés, efféminés, ce n’est point des

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