CHAPITRE V. — CATON ; ENNIUS
l’auteur des Annales, l’inventeur de la vraie satire, le poète hardi et novateur, l’interprète des Qrecs, c’est Rome sérieusement, courageusement occupée à la conquête du vaste monde de l’art et des idées, découvert naguère par Livius Andronicus, et oü Névius avait déjà si fièrement planté l’étendard. Même source d’inspiration et chez le poète et chez le prosateur; mêmes qualités, mêmes défauts. La foi aux destinées de la ville éternelle, le culte passionné des traditions antiques, l’amour du bien et même du beau, mais sous leur forme la plus simple ; surtout la haine du vice raffiné, l’horreur du mensonge et de l’hypocrisie : voilà la muse sévère qui les anime l’un comme l’autre, et qui donne à leurs accents tant de puissance et de grandeur, ce je ne sais quoi de mâle et de fier, cette vigueur et cette énergie presque incomparables. Platon disait à Xénocrale : Sacrifie aux grâces 5 Il l'aurait dit 'bien plus encore, j’imagine, à Caton et à Ennius. Ennius et Caton n’ont que les qualités romaines. Le beau, je le répète, ne leur est pas inconnu; mais ils n’ont jamais envisagé la beauté suprême, c’est-à-dire la grâce unie à la beauté.
vie de Caton.
Caton était un Italien de Tusculum. Il naquit en l’an 234 avant notre ère , puisqu’à l’époque de la bataille du Trasimène, il avait dix-sept ans, selon son propre témoignage. Les Porcins, ses ancêtres, n’avîiient jamais brigué les honneurs et les dignités; mais Caton repoussait la qualification d’homme nouveau, au nom des services et des vertus de sa famille- C’étaient des laboureurs et des éleveurs de bétail, mais c’étaient aussi, à l’occasion, des hommes de bon conseil et des soldats intrépides. Caton, dès son enfance, fut digne d’eux. On ne l’appela même Caton, c’est-à-dire l’Adroit ou l’ Avisé, qu’à raison de l’esprit et du bon sens dont il faisait preuve : il se nommait d’abord Marcus Porcius Priscus. A dixsept ans, il servait déjà avec distinction dans l’armée, durant la grande lutte contre Annibal. Né avec une complexion saine et robuste, le travail des champs, une vie frugale, les rudes épreuves de la guerre, lui donnèrent une trempe plus solide