Dialogue îles Orateurs, chapitre xxii
QUINTIUEN.
clients! quelle représeatation ! £t dans les tribunaux, quel respect il inspire ! Quelle joie pour lui de se lever, de parler au milieu du silence universel, d’attirer uniquement tous les regards ! de voir le peuple se réunir autour de lui, et se laisser aller à tous les sentiments que juge à propos de revêtir l’orateur! Ce ne sont là que les joies publiques de l'éloquence, celles qui frappent les yeux même les moins exercés. Il en est d'autres plus secrètes, connues des orateurs seuls, et plus grandes. Quand l’orateur se présente avec tm discours soigneusement préparé, sa joie a, comme sa diction même, un caractère grave et contenu ; apporte-t-il une œuvre nouvelle et inachevée, l’émotion et aussi l’inquiétude donnent plus de prix au succès, et aiguillonnent le plaisir. Mais ses plus grandes douceurs, il les trouve dans les hardiesses de l’improvisation, dans les témérités imprévues. Car l’esprit ressemble à la terre : il est des fruits qui ne viennent qu’à force de travail et de soins ; mais les plus agréables sont ceux qui naissent sans culture'. »
Aper ne se borne pas à vanter l’éloquence : il attaque vivement la poésie; il essaye de prouver qu’elle ne sert de rien à ceux qui la cultivent ; il conseille à Maternus de renoncer à l’art des vers, et de se livrer tout entier à celui au bout duquel sont les honneurs et la fortune. Maternus répond énergiquement 4 l’assaut d’Aper, en poète obstiné dans ses goûts, en digne fils de la Aluse. Je vais transcrire une bonne partie de sa réponse :
« Quant à ces bois et à ces ombrages, quant à cette solitude contre laquelle s’emportait Aper, j’y trouve un tel charme, qu’un des principaux bienfaits de la poésie, c’est, selon moi, de faire les vers loin du bruit, loin des larmes et des douleurs des accusés, et sans qu’un plaideur soit assis à notre porte. L’âme s’exile dans des lieux calmes et purs, et jouit des demeures sacrées. C’est là le berceau de l’éloquence, c’est là son sanctuaire. C’est ornée des formes de la poésie, que l’éloquence se présenta d’abord aux yeux des mortels, et quelle pénétra dans les cœurs chastes, et