CHAPITRE XXXIX
LES DEUX PLINE
L’Histoire naturelle. — Autres ouvrafjes de Pline l’Ancien. — Vie de Pline l’Ancien. — Vie de Pline le Jeune. — Caractère de Pline le Jeune. — Pline le Jeune orateur. — Un rival de Pline le Jeune. — Lettres de Pline le Jeune.
li’lllstotre naturelle.
li'Histoire naturelle de Pline l’Ancien est la plus vaste composition, sans contredit, que jamais Romain ait conçue et exécutée. Elle a trente-sept livres. Le titre n’indique qu’imparfaitement la prodigieuse diversité .des sujets embrassés et traités par l’auteur. C’est tme véritable encyclopédie des sciences et des arts. Pline avait mis à contributiou plus de deux mille ouvrages sur toutes sortes de matières. Il énumère, dans son premier livre, les sources où il a puisé : ce livre est comme un index, où il a résumé brièvement ce qui est développé dans les autres. Il expose ensuite la cosmographie et la géographie; et, pour ce qui concerne certaines contrées, il écrit surtout d’après ses observations personnelles. Au septième livre, commence l’histoire naturelle proprement dite. Phne traite successivement de la zoologie, de la botanique, de la pharmacologie, de la minéralogie. A propos des minéraux, il s’occupe de la sculpture, de la peinture, décrit les procédés des arts plastiques, et entre dans de curieux détails sur les peintres et les sculpteurs de l’antiquité et sur leurs œuvres. Les cinq derniers livres sont presque tout entiers consacrés à ces recherches, qui n’ont, comme on le voit, qu’un rapport fort éloigné avec l’histoire naturelle.
« Pline, dit Buffon, a voulu tout embrasser ; et il semble avoir mesuré la nature, et l’avoir trouvée trop petite encore, pour l’étendue de son esprit. Son Histoire naturelle comprend, indépendamment de l’histoire des animaux, des
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plantes et des minéraux, l’histoire du ciel et de la terre, la médecine, le commerce, la navigation, l'histoire des arts libéraux et mécaniques, l’origine des usages, enfin toutes les sciences naturelles et tous les arts humains; et, ce qu’il y a d’élonnant, c’est que, dans chaque partie, Pline est également grand. L’élévation des idées, la nobless-e du style, relèvent encore sa profonde érudition. Non-seulement il savait tout ce qu’un pouvait savoir de son temps, mais il avait cette facilité de penser en grand qui multiplie la science ; il avait cette finesse de réflexion de laquelle dépendent l’élégance et le goût, et il communique à ses lecteurs une certaine liberté d’esprit, une hardiesse de penser, qui est le germe de la philosophie. Son ouvrage, tout aussi varié que la nature, la peint toujours en beau : c’est, si l’on veut, une compilation de tout ce qui a été fait d’excellent et d’utile à savoir; mais cette copie a de si grands traits, cette compilation contient des choses rassemblées d’une manière si neuve, qu’elle est préférable à la plupart des ouvrages originaux qui traitent des mêmes matières. »
U n’y a rien à ajouter, ou presque rien, à un tel jugement, et venant d’un tel maître. Je dirai seulement que la diction de Pline n’est pas toujours d’une pureté parfaite, ni môme d’une suffisante correction. Pline est, encore plus que Sénèque, un écrivain de décadence. 11 vise constamment k l’énergie, à la vivacité : il y atteint souvent; mais souvent aussi il n’aboutit qu’à l’obscurité, à la déclamation, et même k l’afféterie. Son éloquence n’est pas toujours de la vraie éloquence ; mais il y a, dans tous les tableaux qu’il trace, je ne sais quoi de majestueux, de grandiose et de fort, qui saisit l’admiration, et qui ne permet guère à l’esprit de se rebuter, même en face d’une fausse idée, d’une phrase prétentieuse, d’un tour vicieux, d’un mot mal inventé, d’un terme détourné •de son acception véritable.
Antres ouvrages de Pline l'Anelen.
Le grand homme à qui nous devons ce grand ouvrage en avait composé d’autres encore, et dont quelques-uns étaient très-considérables. Son Histoire des Guerres de Germanie n’a-