‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 351 sur 397 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

oii les détails abondent , et non moins agréable à lire que consciencieux et solide. Je ferai plus d’un emprunt à ces pages spirituelles et savantes. Voici le portrait de Pline, tracé par M. Dembgeot, d’après Pline même, et où sont artistement rassemblés tous les traits épars çà et là dans la correspondance ;

« Avant tout et avec tout , Pline fut homme de lettres : c’est là son caractère distinctif, et l’explication de ses vertus comme de ses défauts. Il étudie sous la pluie de cendres du Vésuve; il étudie sous sa tente de soldat.* Ses travaux et ses loisirs, ses veilles, son sommeil même, tout en lui appartient aux lettres. Il se plaint des devoirs de la vie sociale, qui l’arrachent à ses études chéries; il voudrait s’ensevelir dans une solitude profonde. Pleure-t-il la mort d’un ami? il songe qu’il n’aura plus de guide dans ses travaux; donnet-il des regrets à la mémoire d’un poète? il avoue franchement qu’il gémit sur la perte de son panégyriste. S’il demande des consolations, il les veut neuves et non vulgaires : son désespoir est délicat; c’est un pleureur de bon goût. Du reste, sociable, affectueux, toujours prêt à rendre service, il est chéri de toute la gent littéraire ; c’est tout un d’aimer les lettres et d’aimer Pline. Tout ce qu’il possède , tout ce qui l’entoure reçoit l’empreinte de sa passion exclusive. La campagne n’est belle à ses yeux que par les loisirs studieux qu’elle protège : la nature est un cadre fleuri qui accompagne agréablement ses travaux. S’il va à la chasse , à coté de son épieu il a toujours ses tablettes ; s’il ne récolte point de fruits dans ses terres, il se console en y recueillant quelques pages spirituelles. Enfin, quand il s’agit de donner des noms à deux magnifiques villas, situées au bord du lac de Côme, tout plein de ses souvenirs littéraires il remarque que l’une est bâtie sur un roc élevé, qui lui sert de cothurne, l’autre sur un humble sol, qui s'abaisse comme un brodequin : il appelle donc la première la Tragédie , et la seconde la Comédie. »

, Pline le #cnne orateur.

J’ai dit que Pline le Jeune avait été , en son temps, le roi

LES DEUX PLINE

de la déclamation. Il aimait à paraître dans ces auditoires où l’on faisait des discours uniquement pour être applaudi, et où l’on donnait au public là primeur des œuvres que devait quelquefois longtemps attendre le libraire. Il y parlait et il y récitait ; il y apportait son éloquence : il y faisait valoir sa prose ou ses vers, quelquefois même sa prose et ses vers ; et les auditeurs ne lui refusaient guère ce qu’il venait chercher auprès d’eux. Ses vers étaient très-goûtés. C’étaient de petites pièces plus ou moins agréables, et la plupart sur le ton badin. Pline lui-même prenait ces jeux spirituels pour de la poésie : il n’y a donc rien d’étonnant à ce que ses amis et ses auditeurs vissent en lui un grand poète. Quelques-uns n’hésitaient pas à le mettre au-dessus de Properce et de Tibulle. C’est dire assez quel était leur enthousiasme. Je voudrais croire que Pline poète méritait cet engouement. Il ne reste presque rien de ses vers; et pourtant il est impossible de se les figurer autre chose que médiocres. Pline, avec son esprit et son caractère, n’était et ne pouvait être qu’un versificateur. Le Panégyri/jue de Trajan nous donne une idée des discours qu’il faisait applaudir dans les auditoires, de la prose qu’on y aimait, et que l’orateur, le déclamateur ou le récitateur, faisait valoir de son débit et de . son geste. Ce discours n’était, à l’origine, qu’un remercîment prononcé dans le sénat par l’auteur, lorsque Trajan le désigna consul. Il était d’abord très-court; mais Pline remania et développa sa harangue, et en fit le livre que nous avons. Ce livre fut récité avant d’être publié. Il remplit trois séances successives. Dieu sait si les auditeurs applaudirent h rompre les bancs! Trajan était admiré et chéri; et jamais Pline n’avait fait plus de frais pour charmer, pour transporter son public. Le sujet prêtait; Pline l’avait traité avec amour; il l’avait poli et repoli jusque dans ses moindres détails; c’était son œuvre de prédilection qu’il récitait : comment fût-on resté froid? comment n’eût-on pas salué, dans le récitateur, non pas seulement le plus grand des orateurs contemporains, mais un des plus grands orateurs de tous les temps, mais l’héritier, mais le rival de Cicéron même?

« Jamais accusateur, dit M. Demogeot, ne mit tant d’ha-

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