‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 358 sur 397 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Histoire romaine, quelques traits de déclamation, quelques phrases ajnbitieuses, (juelques termes recherchés, quelques tours un peu obscurs. Le style de Velléius n’est pas indigne du style des bons modèles, et même de celui de Salluste. Il est serré, nerveux, élégant néanmoins, jamais tramant ni vulgaire. Velléius a eu le talent de renfermer, en deux livres d’une médiocre étendue, non-seulement l’histoire de Rome depuis sa fondation jusqu’à la mort de Livie, mère de Tibère, mais même un précis de l'histoire universelle, dans ses rapports avec celle du peuple romain, à partir de la prise de cette ville de Troie dont les Romains se prétendaient originaires. Ajoutez que le récit est clair, facile à saisir, agréablement coupé par des réflexions morales. Velléius a fait preuve d’une grande sagacité dans l’art de rechercher les causes des événements, d’y rattacher leurs conséquences, de découvrir la liaison des choses les plus diverses, de les envisager sous leur véritable point de vue. C’est dans son ouvrage qu’on aperçoit le plus nettement la suite des faits, depuis le moment où le secours de Tite-Live nous manque, jusqu’aux temps de César et d’Auguste. Les hommes, leurs passions, leurs défauts et leurs vertus, sont impartialement et vivement appréciés. Il n’y a pas beaucoup d’exagération à dire, comme faisait le président Hénault, que Velléius est le mo- , dèle des abréviateurs. La Harpe avoue qu’il y a, dans son abrégé, beaucoup plus d’idées et d’esprit que dans celui de Florus ; il admire surtout ses portraits tracés en cinq ou six lignes, avec une force et une fierté de pinceau égales, supérieures même peut-être, selon le critique, à ce qu’on trouve d'analogue chez les anciens. Les portraits cités par La Harpe sont dignes, en effet, de figurer à côté des meilleurs. Salluste n’y eût ajouté que peu de chose. Voici celui de Mithridate :

« Mithridate, qu’il n’est pas permis de passer sous silence, mais dont il est difficile de parler dignement; infatigable dans la guerre, terrible par sa politique autant que par son courage; toujours grand par le génie, quelquefois par la fortune; soldat à la fois et capitaine, et, pour les Romains, un autre Annibal. » Voici le portrait de Caton : « Caton, l’image de la vertu ; qui fut en tout plus près de la divinité que de

riiomme ; qui jamais ne fit le bien pour paraître le faire, mais parce qu’il n’était pas en lui de faire autrement ; qui ne croyait raisonnable que ce qui était juste; qui n’eut aucun des vices de l’humanité, et qui fut toujours supérieur à la Fortune. »

On reproche quelquefois à Velléius son adulation pour Auguste, Livie, Tibère, et Séjan même. Si l’on ote de ses flatteries ce qui était le ton du jour, et certaines exagérations qu’on ne prenait pas plus au sérieux que nous ne faisons nour les formules de nos lettres, il ne restera guère que la vérité. Velléius est mort avant les jours mauvais de Tibère. 11 n’est donc pas étonnant qu’il n’ait vu dans le prince que ce qu’y voyaient alors presque tous les contemporains, un politique profond et habile, le continuateur fidèle des traditions de gouvernement qu’Auguste lui avait léguées avec l’emjjire. Il faut tenir compte aussi de la reconnaissance de l’écrivain pour ses bienfaiteurs. C’est à Tibère que Velléius devait sa fortune. Dès l’àge de vingt et un ans, il était préfet de la cavalerie, et il suivait Tibère dans ses campagnes de Germanie, de Pannonie, de Dalmatie. A la mort d’Auguste, il était revêtu de la préture. Sa faveur dura jusqu’à l’époque de la ruine de Séjan. 11 fut impliqué dans la conspiration dont Séjan était accusé; et Tibère fut sans pitié pour celui qui lui avait prodigué tant d’éloges.

Nous ne possédons pas en entier l’ouvrage de Velléius Paterculus. Le commencement n’e.xiste plus, et il y a une lacune après le huitième chapitre du premier livre. Une particularité à remarquer, c’est que l’auteur, dans le cours de ses récits, adresse fréquemment la parole au consul jNIarcus Vinicius, son parent. C’est pour ce Viuicius sans doute que Velléius avait composé son abrégé.

Valère ülaxitnc.

L’anecdotier Valérius Maximus est bien loin d’avoir le mérite sérieux de Velléius, ni même les défauts brillants de Florus. Son livre, intitulé Faits et Dits mémorables, est une compilation, ou il n’a pas toujours fait preuve de goût et de critique. Le choix et l’arrangement des morceaux laissent

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