CHAPITRE XL
beaucoup à désirer. L’auteur vise un peu trop à exciter l’étonnement dans l’âme du lecteur ; il aime mieux raconter des choses merveilleuses et extraordinaires, que des choses purement vraies. Son style est tendu et déclamatoire. Considéré comme moraliste, Valère Maxime ne manque pas d’ime certaine valeur : le coup d’œil qu’il a jeté sur la nature humaine et sur l’ordre du monde est juste et même assez profond. Le but qu’il s’est proposé, en publiant ce recueil d’exemples, était d’inspirer l’amour de la vertu et l’horreur du vice : on ne peut pas dire qu’il l’ait atteint complètement; mais il y touche parfois, et avec quelque bonheur. Au reste, de pareils extraits n’ont pas dû coûter de bien grands efforts. Il faut les consulter ou les lire, sans y chercher autre chose que ce qu’on cherche ordinairement dans les ana. L’estimable écrivain qui a rédigé les neuf livres des Faits et Dits mémorables est à peu près inconnu de sa personne. On croit qu’il vivait sous Tibère, comme Velléius. Il avait aussi servi dans les armées romaines, et il avait fait quelques campagnes en Asie. C’est à son retour à Rome, probablement dans les dernières années du règne de Tibère, qu’il se mit â coordonner les extraits de ses lectures, à les orner de ses réflexions, à en former une sorte d’ouvrage.
Quinte Curce.
Quintus Curtius Rufus n’est mentionné dans aucun auteur ancien. Il n’y a qu’un seul passage, dans son livre, qui puisse fournir quelques données sur l’époque de sa vie. Il est probable, d’après l’interprétation la plus rigoureuse de ce passage, d’ailleurs obscur, qu’on doit placer l’auteur parmi les contemporains de Vespasien et de Titus. Je dqis dire pourtant que quelques-uns concluent, de ces paroles mêmes, qu’il vivait sous Tibère et sous Claude. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas le faire descendre, comme d’autres le voudraient, vers les temps de Gordien ou d’Ale.xandre Sévère, ou même de Constantin, ou même de Théodose. Son style seul, sans être la perfection et la pureté suprêmes, suffirait pour démontrer qu’il se rattache d’assez près à la grande époque classique.
Quinte Curce avait écrit son Histoire des Exploits d'Alexandre le Grand en dix livres. Les deux premiers nous manquent; les autres ne sont pas sans avoir subi des remaniements et des interpolations. Comme ouvrage historique, cette composition laisse infiniment h désirer. Quinte Curce ignore la tactique militaire; il se trompe souvent sur la géographie; il dédaigne trop l’exactitude chronologique; il a le goût du merveilleux; il ne brille enfin ni par la science, ni par le discernement. C’est un rhéteur, qui n’est vraiment à son aise que dans les choses du domaine de la rhétorique, et qui se plaît surtout aux harangues vides et pompeuses. Malgré tous ces défauts. Quinte Curce est un écrivain qu’on lit avec un vif intérêt. Il a bien saisi le portrait de son héros : son Alexandre est vivant; et la réalité dramatique compense, jusqu’à un certain point, les imperfections 3e la réalité historique. Les réflexions de Quinte Curce ne sont souvent que des lieux communs; mais quelquefois aussi elles ne manquent ni de force ni d’élévation. Ses harangues laissent trop percer l’auteur : quelques-unes pourtant sont très-remarquables, particulièrement celle des Scythes à Alexandre. Son style est trop fleuri, et il ne sait pas en proportionner les ornements à l’importance des choses : quels que soient les évé- .nements, grands ou petits, c'est du même ton qu’il les raconte. En un mot, V Histoire des Exploits d'Alexandre n’est ni un bon ni un mauvais ouvrage, dans la stricte acception des termes : on pourrait le définir un roman historique agréable.
4uMtln.
Justin, le grand coupable qui a tué son maître, l’abréviateur qui a usurpé toute la gloire de Trogue Pompée, vivait, si l’on en juge d’après la dédicace de son livre à l’empereur Marc Aurèle, dans le siècle des Antonins.Mais quelques-uns révoquent en doute l’authenticité de cette dédicace, et placent Justin un peu plus haut; d’autres, au contraire, le font descendre plus bas. Justin est nommé tantôt Marcus Junianus Justinus, tantôt Justinus Frontinus. Sa vie est parfaitement inconnue.