‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 361 sur 397 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

n’est là qu’une conjecture, qu’aucune preuve décisive n’a jusqu’à présent convertie en vérité démontrée.

L’ouvrage qui a fait la réputation de Suétone, ce sont les Vïr.'i des douze Césars. La Harpe, qui avait traduit Suétone, le juge néanmoins avec quelque sévérité; et cette sévérité esj loin de n’être pas méritée : « Suétone, dit-il, est exact jusqu’au scrupule, et rigoureusement méthodique : il n’omet rien de ce qui concerne l’homme dont il écrit la vie; il rapporte tout, mais il ne peint rien. C’est proprement un anecdotier, si l’on peut se servir de ce terme, mais fort curieux à lire et à consulter. On rit de cette attention dont il se pique dans les plus petites choses; mais souvent on n’est pas fâché de les trouver. D’ailleurs, il cite [des ouï-dire, et ne les garantit pas. S’il abonde en détails, il est fort sobre de réflexions. Il raconte sans s’arrêter, sans s’émouvoir : sa fonction unique est celle de narrateur. Il résulte de cette indifférence un préjugé bien fondé en faveur de son impartialité. Il n’aime ni ne hait personnellement aucun des hommes dont il parle : il laisse au lecteur à les juger. >» Nous ajouterons peu de chose à ce qui précède. Les biographies de Suétone ne sont pas proprement de l’histoire; ou, si l’on veut, c’est de l’histoire d’antichambre. Ce sont des récits débraillés, si j’ose ainsi dire, des récits faits sans art, sans ordre, sans méthode aucune, et où le sans-gêne n’est jamais cet heureux négligé qui fait le charme de la narration de Plutarque. Il faut y regarder, avant de puiser dans cet amas d’objetS'de toute sorte et de toute valeur. Suétone est une autorité souvent suspecte ; non pas qu’il n’aime la vérité et qu’il ne la cherche curieusement, mais quelquefois il entend mal, comme on entend en écoutant aux portes. Avec de la critique, on sépare aisément le vrai du faux, et l’or pur du fatras où il se trouve mêlé. Suétone, entre des mains habiles, est une mine historique plus précieuse et plus féconde peut-être que Tacite avec toutes ses richesses et toutes ses magnificences. A coup sûr, il serait presque impossible, sans ce bavard trop souvent obscène, d’écrire une histoire de l’Empire qui, dans nos idées, méritât véritablement le nom d’histoire.

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Nous mentionnons ici pour mémoire Julius Obséquens, auteur d’un livre intitulé des Prodiges. C’était une série d’extraits d’historiens, et particulièrement de Tite Live. Le titre indique assez le but que s’était proposé l’écrivain. Il reste un fragment de cette compilation soi-disant historique : c’est le récit des prodiges consignés dans l’histoire depuis l’an 249 avant J. C. jusqu’il Auguste. La perte du reste de l’ouvrage n’est pas une très -grande perte, même pour l’histoire. Quant à la littérature, il est probable qu’elle n’y eût pas beaucoup trouvé ni à louer, ni peut-être à blâmer. Julius Obséquens n’est partout qu’un faiseur d’extraits. Il ne se permet ni réflexions personnelles, ni jugements sur les faits qu’il raconte. Il écrit assez purement, sans affectation et sans emphase ; mais c’est sans nul doute aux auteurs qu’il extrait qu’il doit de n’être pas trop indigne des bons siècles de la langue.

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Beaucoup d’historiens, plus ou moins célèbres durant cette période, sont à peine connus de nom aujourd’hui. Je ne parle pas de Tibère ni de l’empereur Claude, qui avaient laissé des Mémoires, et même, ce dernier, une Histoire de Rome en vingt et un livres. Ceux-là sont trop connus. Mais il nous serait difficile de dire par quelles qualités littéraires .se distinguaient ou Brutidius Niger, qui écrivit sur la mort de Cicéron, ou Caïus Balbillus, qui écrivit sur l’Kgypte. Nous savons pourtant que Thraséa Pétus, fameux par sa vie et par sa mort, avait dignement raconté la vie et la mort de Caton d’Utique; qu’Arulénus Rusticus et Hérennius Sénécion, sous Doinitien, encoururent la mort, pour avoir célébré, l’un Thraséas, l’autre Helvidius, et que leurs livres eux-mêmes furent brûlés par la main du bourreau, dans le comice et le Forum. Les autres historiens que nous pourrions citer sont plus inconnus encore que Balbillus et que Brutidius.

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