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CHAPITRE XLI

TACITE

Tacite selon ses panégyristes. — Réserves nécessaires. — Défauts du style de Tacite. — Vie de Tacite, — Ouvrages perdus de Tacite. — Agricola. — Mœurs des Germains. — Histoires; Annales.

Tacite aelon ses pané^yrlstcN.

Écoutons d’abord La Harpe : « On ne peut pas dire de Tacite, comme de Sallusto, que ce n’est qu’un parleur de vertu ; il la fait respecter à ses lecteurs, parce que lui-même paraît la sentir. Sa diction est forte comme son âme; singulièrement pittoresque, sans être jamais trop figurée; précise, sans être obscure; nerveuse, sans être tendue. Il parle h la fois à l’ame, à l’imagination, â l’esprit. On pourrait juger des lecteurs de Tacite par le mérite qu’ils lui trouvent, parce que sa pensée est d’une, telle étendue, que chacun y pénètre plus ou moins, selon le degré de ses forces. Il creuse à une profondeur immense, et creuse sans effort. Il a l’air bien moins travaillé que Salluste, quoiqu’il soit sans comparaison plus plein et plus fini. Le secret de son style, qu’on n’égalera peutêtre jamais, tient non-seulement à son génie, mais aux circonstances où il s’est trouvé. »

Après avoir dit comment Tacite avait vécu, et sous quel tyran il avait été réduit à gémir en silence des maux de sa patrie, le critique ajoute : a Dans cette douloureuse oppression, Tacite, obligé de se replier sivr lui-même, jeta sur le papier tout cet amas de plaintes et ce poids d’indignation dont il ne pouvait autrement se soulager : voilà ce qui rend son style si intéressant et si animé. Il n’invective point en déclainateur : un homme profondément affecté ne pq,ut pas l’être; mais il peint avec des couleurs si vraies tout ce que la bassesse et l’esclavage ont de plus dégoûtant, tout ce que le despotisme et la cruauté ont de plus horrible ; les espérances et les succès du crime; la pâleur de l’innocence et

TACITE

l’abattement de la vertu ; il peint tellement tout ce qu’il a vu et souffert, que l’on voit et que l’on souffre avec lui. Chaque ligne porte un sentiment dans l’âme ; il demande pardon au lecteur des horreurs dont il l’entretient; et ces horreurs mêmes attachent au point qu’on serait fâché qu’il ne les eût pas tracées. Les tyrans nous semblent punis quand il les peint. Il représente la postérité et la vengeance; et je ne connais point de lecture plus terrible pour la conscience des méchants. »

Un peu plus loin, La Harpe repousse les attaques dont le style de Tacite a été l’objet, et il s’approprie, en le transcrivant, ce jugement de Juste Lipse : « Chaque page, chaque ligne de Tacite est un trait de sagesse, un conseil, un axiome. Mais il est si rapide et si concis, qu’il faut bien de la sagacité pour le suivre et pour l’entendre. Tous les chiens ne sentent pas le gibier, et tous les lecteurs ne sentent pas Tacite. »

Marie-Joseph Chénier entonne un véritable dithyrambe en l’honneur de celui qu’il proclame le premier de tous les historiens : <t Soit, dit-il, que, d’une plume austère. Tacite décrive les mœurs des Germains; soit qu’avec une pieuse éloquence, il transmette à la postérité la vie de son beaupère Agricola; soit qu’ouvrant l’âme de Tibère, il y compte les déchirements du crime et les coups de fouet du remords ; soit qu’il peigne le sénat, les chevaliers, tous les Romains se précipitant vers la servitude, esclaves même des délateurs, et accusant pour n’être point accusés; l’artificieux Séjan redouté d’un maître qu’il craint; les affranchis tout-puissants par leur bassesse ; Pallas gouvernant l’imbécile Claude, Narcisse l’exécrable Néron; les avides ministres de Galba se hâtant, sous un vieillard, de saisir une proie qui va bientôt leur échapper; les Romains combattant jusque dans Rome, afin qu’entre Othon et Yitellius, la victoire nomme le plus coupable en se déclarant pour lui ; soit qu’il représente Germanicus vengeant la perte des légions d’Auguste, ou puni par le poison de ses triomphes et de l’amour du peuple ; l’historien Grémutius Cordus forcé de mourir pour avoir loué lirutus et Cassius, et, suivan'; un très-juste usage, sa

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