‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 373 sur 397 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

fatigue, à lire ou à parcourir un grand nombre de volumes, durant tous les instants que je pouvais dérober aux affaires, je n’ai recueilli qu’un petit nombre d’extraits; je n’ai pris que ce qui m’a paru propre, d’un côté, à inspirer le goût des connaissances honnêtes aux esprits maîtres de leur temps et en état de disposer d’eux-mêmes, et à les conduire, par un chemin facile, à l’étude des arts libéraux; de l’autre, à préserver d’une ignorance grossière et honteuse, sur l’histoire et sur les lettres, ceux que d’autres travaux tiennent occupés, s

Les Nuits attiques avaient vingt livres. Nous avons tous ces livres, à l’exception du huitième, dont il ne rèste que les têtes de chapitres. Il n’y a guère de page dans le recueil, où l’on ne trouve des choses plus ou moins intéressantes. Aulu- Gelle, on s’en souvient, ne se fait pas faute de parler pour son propre compte; et ce qu’il dit n’est pas ce qu’il y a de plus mauvais dans l’ouvrage. Sa critique, en général, est saine et judicieuse; il donne quelquefois k ses idées un tour vif et piquant ; il a des mots heureux, d’une agréable et spirituelle finesse. Mais quel style que le style d’Aulu- Gelle! et surtout quelle langue! Nous gémissions tout k l’heure sur ce qui manquait k Quintilien, aux Pline, k Tacite même, en comparaison de leurs immortels devanciers, les Cicéron, les César, les Salluste, les Tite Live : or, nous voici k mille lieues, non pas seulement de VOrateur ou des Décades, mais du Panégyrique de Trajan et de l’Institution oratoire! Aulu-Gelle est maniéré, prétentieux et obscur; il est plein, comme Fronton, et plus encore que Fronton, de locutions étranges, de tours forcés et vicieux; il a surtout la manie de l’archaïsme, et il pratique cette rhétorique k l’envers dont j’ai parlé ailleurs k propos des imitateurs du vieux Caton. Mais ces défauts, je le répète, n’empêchent pas que les Nuits attiques soient un livre des plus utiles et des plus intéressants.

On ignore la date de la naissance d’ Aulu-Gelle, ainsi que la date de sa mort. 11 était d'une famille riche et distinguée, et probablement de Rome même. Après avoir fait, k Rome, ses études de grammaire et de littérature, il alla se perfec-

ÉCRIVAINS DU DEUXliJME SIÈCLE. 615

lionner à Athènes. Il passa en Grèce de longues années, dans le commerce des savants et des gens de lettres, et particulièrement du fameux rhéteur Hérode Atticus. A son retour en Italie, il mit la main aux affaires. Il se donne, en certaiùs passages de son livre, pour un magistrat fort occupé. Cependant il ne manquait pas d’un certain loisir, puisqu’il trouvait le temps de courir les bibliothèques et les musées, de visiter les étalages des libraires, et de converser longuement, dans les lieux publics, avec les grammairiens et les rhéteurs. Sa vie, de son propre aveu, fut avant tout une vie d’érudit et d’amateur; et ce n’est pas à nous de lui en faire un crime, puisque c’est à sa passion pour les livres et les curiosités littéraires que nous sommes redevables des Nuits atliqucs.

Apulée.

La barbarie, que nous venons de voir poindre dans le style et dans la diction de Fronton et d’Aulu-Gelle, s’étale complaisamment chez Apulée, et prend, pour ainsi dire, possession de la langue romaine. Il est vrai que Lucius Api>léius n’était pas un Romain de Rome, ni même d’Italie : c’était un Africain. Il était né en l’an 114, à Madaures, petite ville située entre la Numidie et la Gétulie. Il passa sa jeunesse à voyager pour s’instruire, et il fit de longs séjours à Athènes et à Rome. A trente-quatre ans, il vint s’établir à Carthage, et il s’y fit bientôt, par ce qu’il nomme son éloquence, une prodigieuse réputation. On lui éleva des statues. Une riche veuve l’accepta pour époux. Le vulgaire, émerveillé de ses talents et de sa science, le prit pour un être d’une nature supérieure, ou tout, au moins pour un magicien et un thaumaturge. Il eut beaucoup d’ennemis, mais ir triompha de toutes les haines. Il prolongea sa vie jusqu’à un assez grand âge, déclamant, enseignant, écrivant, et entouré des admirations les plus passionnées. C’est en 184, à soixante et dix ans, qu’il mourut, sous le règne de Commode. .

Quand Apulée eut épousé Pudentilla, Pontianus, fils de sa femme, le traduisit en justice, devant le proconsul Claudius Maximus. Il l’accusait d’avoir employé la magie pour

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